C’est un Nicolas Sarkozy à bout de souffle qui a débuté son discours hier, à 18h30, devant une partie de la communauté française présente en Espagne et à Madrid, à la résidence de l’ambassadeur de France.
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http://madrid.parti-socialiste.fr/2009/04/28/visite-de-nicolas-sarkozy-a-la-communaute-francaise-a-madrid-¿un-discours-a-court-d’idees/
mardi 28 avril 2009
VISITE DE NICOLAS SARKOZY A LA COMMUNAUTE FRANÇAISE A MADRID ¿UN DISCOURS A COURT D’IDEES ?
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Jérome
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mardi 16 décembre 2008
Chroniques du tsunami financier : la gueule de bois des buveurs de matcha (47ème épisode)
12 décembre 2008
Dans « Paprika » (2006), l'un des dix meilleurs films d'animation que j'ai jamais vus, (je n'en ai pas vu plus de dix mais ils m'avaient tous été recommandés par au moins dix personnes,-pour une liste complète envoyez-moi un courriel, je sers aussi de critique de film de seconde main), Satochi Kon imagine que grâce à une machine appelée le DC mini, les psychiatres peuvent entrer dans les rêves de leurs patients et visiter dans un but thérapeutique leurs angoisses.
Dans ma version de Paprika, M. Shirakawa, le gouverneur de la banque centrale est allongé à côté de M. Nikai, le super ministre de l'économie, du commerce extérieur et de l'industrie (le METI, Ministry of the Economy, Trade and Industry) et nous introduisons un de ces gadgets dans chacun de leurs cerveaux. Leur pire cauchemar s'est réalisé : pour la première fois depuis 2001, le pays est officiellement en récession. La croissance n'est pas encore négative mais elle continue de tomber à un rythme cinq fois plus rapide qu'au trimestre précédent. Elle danse la chaloupe à 1,8%.
Ainsi que me l'a rappelée une inconnue lors d'une soirée à Menlo Park, dans la Silicon Valley, où les gens désignent les lieux par le nom de la grande entreprise du coin –cela donne « I live where Google » (=j'habite où Google est installé) au lieu de « J'habite à Mountain View », le mot « Japon » est un exonyme, c'est à dire un nom donné de l'extérieur. Les Japonais, eux, appellent leur pays Nippon, le pays de « l'origine du soleil ».
Ces précautions oratoires ayant été prises, revenons à mon mini DC.
En essayant de chasser la crise, M. Shirakawa a abaissé le 21 novembre le taux de base directeur à 0,3%. Sa grande angoisse est de voir débarquer les petits bons hommes de la planète ZIRP, la Zero Interest Rate Policy. La politique des taux d'intérêt nuls n'est pas une psychose d'écrivain de science-fiction mais la version keynésienne des sables-mouvants : l'argent est gratuit mais l'économie stagne. Vous essayez de remonter, vous ne pouvez pas.
C'est déjà arrivé une fois, en 1990. A la suite d'une crise dans l'immobilier, le gouvernement n'a d'abord rien fait pour ne pas braquer le contribuable. Puis il a recaptalisé les banques au compte-milliards ; sans toutefois les délester de leurs actifs pourris, car on ne saurait donner une prime à l'incurie. L'économie japonaise allait repartir.
Sept ans plus tard, son épave dérivait encore entre les débris d'investissement et les récifs des banques zombies. Après une série de faillites bancaires, fin 1996, deux astéroïdes tombèrent sur l'économie : la Hokkaido Takushoku Bank et la prestigieuse Yamaichi Securities Company, une maison de courtage firent faillite. Le marché oursier (sic) devint dévastateur ; les cours de la Bourse s'effondrèrent de 90%. Finalement, le gouvernement intervint mais trop tard. Les années 90 au Japon sont appelées « la décennie perdue » (ushinawareta junen (?).
12 décembre 2008
Dans « Paprika » (2006), l'un des dix meilleurs films d'animation que j'ai jamais vus, (je n'en ai pas vu plus de dix mais ils m'avaient tous été recommandés par au moins dix personnes,-pour une liste complète envoyez-moi un courriel, je sers aussi de critique de film de seconde main), Satochi Kon imagine que grâce à une machine appelée le DC mini, les psychiatres peuvent entrer dans les rêves de leurs patients et visiter dans un but thérapeutique leurs angoisses.
Dans ma version de Paprika, M. Shirakawa, le gouverneur de la banque centrale est allongé à côté de M. Nikai, le super ministre de l'économie, du commerce extérieur et de l'industrie (le METI, Ministry of the Economy, Trade and Industry) et nous introduisons un de ces gadgets dans chacun de leurs cerveaux. Leur pire cauchemar s'est réalisé : pour la première fois depuis 2001, le pays est officiellement en récession. La croissance n'est pas encore négative mais elle continue de tomber à un rythme cinq fois plus rapide qu'au trimestre précédent. Elle danse la chaloupe à 1,8%.
Ainsi que me l'a rappelée une inconnue lors d'une soirée à Menlo Park, dans la Silicon Valley, où les gens désignent les lieux par le nom de la grande entreprise du coin –cela donne « I live where Google » (=j'habite où Google est installé) au lieu de « J'habite à Mountain View », le mot « Japon » est un exonyme, c'est à dire un nom donné de l'extérieur. Les Japonais, eux, appellent leur pays Nippon, le pays de « l'origine du soleil ».
Ces précautions oratoires ayant été prises, revenons à mon mini DC.
En essayant de chasser la crise, M. Shirakawa a abaissé le 21 novembre le taux de base directeur à 0,3%. Sa grande angoisse est de voir débarquer les petits bons hommes de la planète ZIRP, la Zero Interest Rate Policy. La politique des taux d'intérêt nuls n'est pas une psychose d'écrivain de science-fiction mais la version keynésienne des sables-mouvants : l'argent est gratuit mais l'économie stagne. Vous essayez de remonter, vous ne pouvez pas.
C'est déjà arrivé une fois, en 1990. A la suite d'une crise dans l'immobilier, le gouvernement n'a d'abord rien fait pour ne pas braquer le contribuable. Puis il a recaptalisé les banques au compte-milliards ; sans toutefois les délester de leurs actifs pourris, car on ne saurait donner une prime à l'incurie. L'économie japonaise allait repartir.
Sept ans plus tard, son épave dérivait encore entre les débris d'investissement et les récifs des banques zombies. Après une série de faillites bancaires, fin 1996, deux astéroïdes tombèrent sur l'économie : la Hokkaido Takushoku Bank et la prestigieuse Yamaichi Securities Company, une maison de courtage firent faillite. Le marché oursier (sic) devint dévastateur ; les cours de la Bourse s'effondrèrent de 90%. Finalement, le gouvernement intervint mais trop tard. Les années 90 au Japon sont appelées « la décennie perdue » (ushinawareta junen (?).
Après le revirement du gouvernement en 1997, le cauchemar nippon changea seulement de couleur. On ne s'en réveillait pas. La demande intérieure resta anémique. De 1999 à 2005, le pays connut une baisse des prix consécutive à une destruction de richesses, ce que les économistes appellent une déflation.
Depuis début 2008, l'indice Nikkei a perdu 46,92% de sa valeur. La contraction de la demande mondiale provoque une baisse des exportations et ramène les mauvaises nouvelles à la maison. Les économistes de l'université de Konan (près de Kobe) estiment que l'excédent vis-à-vis du reste du monde a contribué à 42% de l'accroissement du PIB du Japon de 2002 à 2007 ; or depuis un an, les exportations sont en baisse de 7,7% en valeur et de 6,1% en volume. Ces chiffres, les plus mauvais en sept ans ont continué de se détériorer après octobre 2008.
Facteur aggravant, la fuite vers la qualité a provoqué une appréciation de la devise japonaise. Elle atteint son plus haut niveau en 13 ans, en hausse depuis le début de l'année de 20% par rapport au dollar et de 35% face à l'euro.
Ce serait une bonne nouvelles si vous êtes les Etats-Unis et que vous traînez des déficits jumeaux : tout à coup votre dette détenue par les étrangers est moins chère à rembourser, ainsi que votre facture pétrolière et tout le reste que vous importez parce que vous ne produisez plus grand-chose, mais que vous vivez comme à Byzance. En revanche, quand vous êtes comme l'Allemagne ou le Japon, un pays exportateur, une réévaluation de votre devise signifie que vos bénéfices made in étranger s'érodent en franchissant la douane.
Vous me direz qu'une grande partie de l'output (mot horrible qui veut dire production) nippon est généré directement sur le territoire des pays où les produits seront ensuite vendus, comme quand les usines Toyota sortent des voitures en Alabama. On appelle cela la production off shore. L'avantage, ici c'est que si votre monnaie varie, vos coûts restent stables par rapport au marché auquel ils sont destinés. Mais quand les bénéfices sur les voitures que vous avez vendues sous le nez des concessionnaires Chrysler dépités sont rapatriés et convertis en yens, vous avez quand même perdu 20% pour vos ventes libellées en dollar et 35% pour celles en euros.
Pour reprendre le titre d'un film de la fille de Coppola, le profit est « lost in translation » (=perdu dans la traduction).
Pendant ce temps, le won, la devise de ces chanceux de Daewoo et de Samsung a perdu depuis le début de l'année 31% contre le dollar et 43% contre le yen. Pas étonnant dans ce contexte de dévaluation compétitive de facto que la Corée du Sud s'en sorte moins mal que le Japon. L'action Samsung, par exemple a perdu 13% depuis janvier 2008 alors que Toshiba s'effondre à -61%.
Comme en Europe, les grands pays asiatiques essayent de coordonner leur réponse face à la crise. Mrs. Taro Aso et Wen Jiabao, les Premiers Ministres japonais et chinois ainsi que le Président sud-coréen, M. Lee Myung-Bak se sont rencontrés hier, lors d'un sommet à Fukuoka, sur l'île de Kyushu en face du détroit de Corée. Avant-hier, aussi, la Chine et le Japon, dont les réserves en devises étrangères semblent inextinguibles ont signé des accords swaps avec leur collègue et rival sud-coréen. Je te prête des dollars, je prends tes wons en échange, on fera les comptes quand on sera sorti de l'auberge. Le but est d'éviter que le won ne continue à se dévaluer ; ce qui pénalise les deux voisins exportateurs. De leur côté les Sud-Coréens reçoivent ainsi de l'aide pour leurs problèmes de balance des paiements, sans avoir à manger avec le Diable.
A la différence de l'Allemagne qui maintient une position idéologique contre toute relance, le Japon, lui, affiche une volonté d'intervenir sur l'économie pour éviter une autre « décennie perdue ».
Le premier ministre japonais, M. Taro Aso déclarait vendredi lors d'une conférence de presse : "L'économie a empiré bien au-delà de nos anticipations. […] Nous vivons une crise comme il s'en produit une par siècle. Le Japon n'échappera pas à ce tsunami, mais nous pouvons répondre de manière à en minimiser les dégâts ».
Le gouvernement japonais vient donc d'annoncer la mise en place d'un plan de relance à hauteur de 131 milliards de $ (12 trillions de yens). Ayant retenu au moins partiellement les leçons du marasme interminable des années 90, le gouvernement s'apprête à recapitaliser les banques et à mettre en place une structure de délestage ; comme lors de la quasi-faillite du Crédit Lyonnais avec le Consortium de Réalisation. Les banques vont vendre à cette Mauvaise Banque (la bad bank) leurs actifs pourris et nettoyer ainsi leur bilan d'une bonne fois pour toutes. La bad bank gardera en quarantaine ou liquidera les actifs du mieux qu'elle pourra ; le contribuable effacera l'ardoise.
Dans un effort de traiter tous les aspects de la crise en même temps, le gouvernement va aussi allouer trois tillions de yens (40 milliards de dollars) à la lutte contre le credit crunch et aider les entreprises japonaises à couvrir leurs besoins de trésorerie. Ensuite, le plan comprend des aides aux individus licenciés (13 milliards de $), aux propriétaires pour les aider à payer leur logement (13 milliards de$) et une aide ponctuelle aux collectivités locales (13 milliards). Au total, tout n'est pas vraiment de l'argent nouveau. Avec une dette publique avoisinant les 180% du PIB, l'état des finances publiques japonaises le rapprochent davantage de la Grèce (112% du PIB) que de l'Allemagne (64,8%).
Le mot tsunami est d'origine japonaise. Il est composé des racines « tsu » qui veut dire « port » et « nami » vague. Dans le célèbre tableau de Hokusai (1760-1849) que j'ai placé en tête de cette chronique et qui est connu sous le titre « La grande vague à Kanagawa » (série de 36 vues depuis le Mont Fuji), l' artiste au lieu de camper des nobles et des shoguns, ces guerriers de haut rang a choisi de représenter des pêcheurs. Enveloppés par une énorme vague, ils essayent de gagner leur vie sans la perdre. La violence de la nature est contreblancée par le yang de la confiance de ces travailleurs expérimentés. Le soleil brille. Au loin, immobile, surnage le Mont Fuji.
Ce tableau souvent considéré par les Occidentaux comme la quintessence de l'art japonais est en fait assez peu japonais dans l'esprit. En rupture avec la peinture pour et sur les aristocrates, Hokusai a absorbé la tradition pastorale des peintres hollandais du XVIIème siècle et a peint des prolétaires. Imaginez que Bruegel ait vécu au XIXème et à Kyoto. Cette image de petits pêcheurs essayant de survivre à la Grande Vague me semble particulièrement bienvenue pour parler des conséquences sociales du tsunami financier sur la population japonaise.
Au pays de l'emploi à vie, un tiers de la population active ne participe pas au banquet. La décennie perdue a justifié une dérégulation du marché du travail sans précédent.
En France, le Contrat à Durée Indéterminée est la règle ; les Contrat à Durée Déterminée et de Travail Temporaire une exception qui n'a plus rien d'exceptionnelle. Toutefois, les salariés des deux catégories bénéficient grosso modo des mêmes droits, en particulier en termes de rémunération. De plus, un CDD renouvelé un certain nombre de fois est automatiquement requalifié en CDI.
Comme me l'expliquait un ami traducteur installé au Japon, les salaries non-permanents nippons sont payés deux tiers du salaire des travailleurs à temps plein. Leurs contrats durent en général moins d'un an. Ils peuvent être renvoyés avec un préavis de quelques jours et sans la moindre indemnité. Ils ne bénéficient pas de cotisations de retraite, ni des mutations internes, ni surtout de l'affiliation au syndicat. Les travailleurs précaires représentaient 18% de la population active en 1988, 24% en 1998 et 35% en 2008.
Ces salariés non-permanents sont le premier volant d'ajustement en cas de retournement de conjoncture. En perdant leur travail, ils perdent la plupart du temps leur logement aussi, car ils sont logés en dortoir d'entreprise.
La réponse des défenseurs de la flexibilité du marché du travail consiste à souligner que ces salariés, souvent jeunes, peuvent retourner chez leurs parents. Mais la version japonaise de « Tanguy » (on les appelle les « freeter » ou les « neet », de l'anglais « free », gratuit et « arbeiter », le mot allemand pour travailleur) est-elle une réponse socialement acceptable ou même gérable ? Les émeutes des jeunes Grecs qui gagnent leur pauvreté de 600 euros par mois nous posent la même question ; moins l'exotisme.
Les économistes décrivent la réalité française et japonaise avec le concept de segmentation du marché du travail ; soit l'existence de marchés du travail hermétiques, avec d' une part un marché de contrats très protecteurs et un autre de main d'œuvre flexible et corvéable à merci. Les économistes libéraux expliquent cet « apartheid du salariat » par les rigidités créées par les « insiders » (ceux qui bénéficient des bons contrats et s'accrochent à leurs droits acquis et à leur statut protecteur) et dont les outsiders (le volant des précaires) deviennent les victimes par ricochet.
Les économistes keynésiens réfutent l'existence d'un marché du travail qui fonctionnerait comme celui des capitaux ou celui des biens et services. Ils se basent sur l'idée que le salaire n'est pas un prix d'équilibre. Il se forme par la rencontre entre l'offre de travail des salariés et une demande anticipée par les entreprises, donc une demande virtuelle.
En un mois, 30.000 salariés temporaires ont été licenciés. Certes le taux de chômage japonais demeure incroyablement bas (3,7%), par comparaison avec les données françaises (8,5%) ou américaines (6,7%). Mais l'existence de ce prolétariat de jeunes japonais, qui vivotent sans pouvoir s'insérer, ailleurs que dans une réalité parallèle pose un problème que ne reflètent pas les constructions statistiques. Surtout dans une société où la population vieillit et le nombre de jeunes s'étiole.
La société japonaise apparait souvent comme incompréhensible à l'étranger qui essaye de la nommer. Des PDG qui s'excusent pour les mauvais résultats de leur entreprise puis se suicident, ce n'est pas aux Etats-Unis que cela arriverait. Ici, quand les choses tournent mal, les CEO (Chief Executive Directors) sautent dans leur parachute doré et atterrissent sur une ile privée à Dubaï. Des jeunes qui vivent reclus chez eux et refusent d'aller à l'école ? Bowling for Columbine est la version outre-Pacifique du monstrueux et du bizarre.
Dans les tableaux de Murakami (1949-), l'artiste de pop art, les images sont gaies (http://www.collectorsquest.com/blog/wp-content/uploads/murakami_print.jpg ) jusqu' à ce que vous vous aperceviez que des fleurs coulent des larmes. Le personnage ouvre sa bouche de quatre mètres de long http://www.tokyoartgallery.com/727.jpg et dévore les petits matelots. Au loin, immobiles, surnagent les sacs Louis Vuitton.
Gabrielle Durana
San Francisco, Etats-Unis
Si vous avez raté des épisodes : http://tsunamifinancier.blogspot.com/
Après le revirement du gouvernement en 1997, le cauchemar nippon changea seulement de couleur. On ne s'en réveillait pas. La demande intérieure resta anémique. De 1999 à 2005, le pays connut une baisse des prix consécutive à une destruction de richesses, ce que les économistes appellent une déflation.
Depuis début 2008, l'indice Nikkei a perdu 46,92% de sa valeur. La contraction de la demande mondiale provoque une baisse des exportations et ramène les mauvaises nouvelles à la maison. Les économistes de l'université de Konan (près de Kobe) estiment que l'excédent vis-à-vis du reste du monde a contribué à 42% de l'accroissement du PIB du Japon de 2002 à 2007 ; or depuis un an, les exportations sont en baisse de 7,7% en valeur et de 6,1% en volume. Ces chiffres, les plus mauvais en sept ans ont continué de se détériorer après octobre 2008.
Facteur aggravant, la fuite vers la qualité a provoqué une appréciation de la devise japonaise. Elle atteint son plus haut niveau en 13 ans, en hausse depuis le début de l'année de 20% par rapport au dollar et de 35% face à l'euro.
Ce serait une bonne nouvelles si vous êtes les Etats-Unis et que vous traînez des déficits jumeaux : tout à coup votre dette détenue par les étrangers est moins chère à rembourser, ainsi que votre facture pétrolière et tout le reste que vous importez parce que vous ne produisez plus grand-chose, mais que vous vivez comme à Byzance. En revanche, quand vous êtes comme l'Allemagne ou le Japon, un pays exportateur, une réévaluation de votre devise signifie que vos bénéfices made in étranger s'érodent en franchissant la douane.
Vous me direz qu'une grande partie de l'output (mot horrible qui veut dire production) nippon est généré directement sur le territoire des pays où les produits seront ensuite vendus, comme quand les usines Toyota sortent des voitures en Alabama. On appelle cela la production off shore. L'avantage, ici c'est que si votre monnaie varie, vos coûts restent stables par rapport au marché auquel ils sont destinés. Mais quand les bénéfices sur les voitures que vous avez vendues sous le nez des concessionnaires Chrysler dépités sont rapatriés et convertis en yens, vous avez quand même perdu 20% pour vos ventes libellées en dollar et 35% pour celles en euros.
Pour reprendre le titre d'un film de la fille de Coppola, le profit est « lost in translation » (=perdu dans la traduction).
Pendant ce temps, le won, la devise de ces chanceux de Daewoo et de Samsung a perdu depuis le début de l'année 31% contre le dollar et 43% contre le yen. Pas étonnant dans ce contexte de dévaluation compétitive de facto que la Corée du Sud s'en sorte moins mal que le Japon. L'action Samsung, par exemple a perdu 13% depuis janvier 2008 alors que Toshiba s'effondre à -61%.
Comme en Europe, les grands pays asiatiques essayent de coordonner leur réponse face à la crise. Mrs. Taro Aso et Wen Jiabao, les Premiers Ministres japonais et chinois ainsi que le Président sud-coréen, M. Lee Myung-Bak se sont rencontrés hier, lors d'un sommet à Fukuoka, sur l'île de Kyushu en face du détroit de Corée. Avant-hier, aussi, la Chine et le Japon, dont les réserves en devises étrangères semblent inextinguibles ont signé des accords swaps avec leur collègue et rival sud-coréen. Je te prête des dollars, je prends tes wons en échange, on fera les comptes quand on sera sorti de l'auberge. Le but est d'éviter que le won ne continue à se dévaluer ; ce qui pénalise les deux voisins exportateurs. De leur côté les Sud-Coréens reçoivent ainsi de l'aide pour leurs problèmes de balance des paiements, sans avoir à manger avec le Diable.
A la différence de l'Allemagne qui maintient une position idéologique contre toute relance, le Japon, lui, affiche une volonté d'intervenir sur l'économie pour éviter une autre « décennie perdue ».
Le premier ministre japonais, M. Taro Aso déclarait vendredi lors d'une conférence de presse : "L'économie a empiré bien au-delà de nos anticipations. […] Nous vivons une crise comme il s'en produit une par siècle. Le Japon n'échappera pas à ce tsunami, mais nous pouvons répondre de manière à en minimiser les dégâts ».
Le gouvernement japonais vient donc d'annoncer la mise en place d'un plan de relance à hauteur de 131 milliards de $ (12 trillions de yens). Ayant retenu au moins partiellement les leçons du marasme interminable des années 90, le gouvernement s'apprête à recapitaliser les banques et à mettre en place une structure de délestage ; comme lors de la quasi-faillite du Crédit Lyonnais avec le Consortium de Réalisation. Les banques vont vendre à cette Mauvaise Banque (la bad bank) leurs actifs pourris et nettoyer ainsi leur bilan d'une bonne fois pour toutes. La bad bank gardera en quarantaine ou liquidera les actifs du mieux qu'elle pourra ; le contribuable effacera l'ardoise.
Dans un effort de traiter tous les aspects de la crise en même temps, le gouvernement va aussi allouer trois tillions de yens (40 milliards de dollars) à la lutte contre le credit crunch et aider les entreprises japonaises à couvrir leurs besoins de trésorerie. Ensuite, le plan comprend des aides aux individus licenciés (13 milliards de $), aux propriétaires pour les aider à payer leur logement (13 milliards de$) et une aide ponctuelle aux collectivités locales (13 milliards). Au total, tout n'est pas vraiment de l'argent nouveau. Avec une dette publique avoisinant les 180% du PIB, l'état des finances publiques japonaises le rapprochent davantage de la Grèce (112% du PIB) que de l'Allemagne (64,8%).
Le mot tsunami est d'origine japonaise. Il est composé des racines « tsu » qui veut dire « port » et « nami » vague. Dans le célèbre tableau de Hokusai (1760-1849) que j'ai placé en tête de cette chronique et qui est connu sous le titre « La grande vague à Kanagawa » (série de 36 vues depuis le Mont Fuji), l' artiste au lieu de camper des nobles et des shoguns, ces guerriers de haut rang a choisi de représenter des pêcheurs. Enveloppés par une énorme vague, ils essayent de gagner leur vie sans la perdre. La violence de la nature est contreblancée par le yang de la confiance de ces travailleurs expérimentés. Le soleil brille. Au loin, immobile, surnage le Mont Fuji.
Ce tableau souvent considéré par les Occidentaux comme la quintessence de l'art japonais est en fait assez peu japonais dans l'esprit. En rupture avec la peinture pour et sur les aristocrates, Hokusai a absorbé la tradition pastorale des peintres hollandais du XVIIème siècle et a peint des prolétaires. Imaginez que Bruegel ait vécu au XIXème et à Kyoto. Cette image de petits pêcheurs essayant de survivre à la Grande Vague me semble particulièrement bienvenue pour parler des conséquences sociales du tsunami financier sur la population japonaise.
Au pays de l'emploi à vie, un tiers de la population active ne participe pas au banquet. La décennie perdue a justifié une dérégulation du marché du travail sans précédent.
En France, le Contrat à Durée Indéterminée est la règle ; les Contrat à Durée Déterminée et de Travail Temporaire une exception qui n'a plus rien d'exceptionnelle. Toutefois, les salariés des deux catégories bénéficient grosso modo des mêmes droits, en particulier en termes de rémunération. De plus, un CDD renouvelé un certain nombre de fois est automatiquement requalifié en CDI.
Comme me l'expliquait un ami traducteur installé au Japon, les salaries non-permanents nippons sont payés deux tiers du salaire des travailleurs à temps plein. Leurs contrats durent en général moins d'un an. Ils peuvent être renvoyés avec un préavis de quelques jours et sans la moindre indemnité. Ils ne bénéficient pas de cotisations de retraite, ni des mutations internes, ni surtout de l'affiliation au syndicat. Les travailleurs précaires représentaient 18% de la population active en 1988, 24% en 1998 et 35% en 2008.
Ces salariés non-permanents sont le premier volant d'ajustement en cas de retournement de conjoncture. En perdant leur travail, ils perdent la plupart du temps leur logement aussi, car ils sont logés en dortoir d'entreprise.
La réponse des défenseurs de la flexibilité du marché du travail consiste à souligner que ces salariés, souvent jeunes, peuvent retourner chez leurs parents. Mais la version japonaise de « Tanguy » (on les appelle les « freeter » ou les « neet », de l'anglais « free », gratuit et « arbeiter », le mot allemand pour travailleur) est-elle une réponse socialement acceptable ou même gérable ? Les émeutes des jeunes Grecs qui gagnent leur pauvreté de 600 euros par mois nous posent la même question ; moins l'exotisme.
Les économistes décrivent la réalité française et japonaise avec le concept de segmentation du marché du travail ; soit l'existence de marchés du travail hermétiques, avec d' une part un marché de contrats très protecteurs et un autre de main d'œuvre flexible et corvéable à merci. Les économistes libéraux expliquent cet « apartheid du salariat » par les rigidités créées par les « insiders » (ceux qui bénéficient des bons contrats et s'accrochent à leurs droits acquis et à leur statut protecteur) et dont les outsiders (le volant des précaires) deviennent les victimes par ricochet.
Les économistes keynésiens réfutent l'existence d'un marché du travail qui fonctionnerait comme celui des capitaux ou celui des biens et services. Ils se basent sur l'idée que le salaire n'est pas un prix d'équilibre. Il se forme par la rencontre entre l'offre de travail des salariés et une demande anticipée par les entreprises, donc une demande virtuelle.
En un mois, 30.000 salariés temporaires ont été licenciés. Certes le taux de chômage japonais demeure incroyablement bas (3,7%), par comparaison avec les données françaises (8,5%) ou américaines (6,7%). Mais l'existence de ce prolétariat de jeunes japonais, qui vivotent sans pouvoir s'insérer, ailleurs que dans une réalité parallèle pose un problème que ne reflètent pas les constructions statistiques. Surtout dans une société où la population vieillit et le nombre de jeunes s'étiole.
La société japonaise apparait souvent comme incompréhensible à l'étranger qui essaye de la nommer. Des PDG qui s'excusent pour les mauvais résultats de leur entreprise puis se suicident, ce n'est pas aux Etats-Unis que cela arriverait. Ici, quand les choses tournent mal, les CEO (Chief Executive Directors) sautent dans leur parachute doré et atterrissent sur une ile privée à Dubaï. Des jeunes qui vivent reclus chez eux et refusent d'aller à l'école ? Bowling for Columbine est la version outre-Pacifique du monstrueux et du bizarre.
Dans les tableaux de Murakami (1949-), l'artiste de pop art, les images sont gaies (http://www.collectorsquest.com/blog/wp-content/uploads/murakami_print.jpg ) jusqu' à ce que vous vous aperceviez que des fleurs coulent des larmes. Le personnage ouvre sa bouche de quatre mètres de long http://www.tokyoartgallery.com/727.jpg et dévore les petits matelots. Au loin, immobiles, surnagent les sacs Louis Vuitton.


Gabrielle Durana
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dimanche 14 décembre 2008
Chroniques du tsunami financier: Germinal dans le Michigan, la Curée dans l'Illinois (46ème épisode)
Erratum : un lecteur attentif me reprend. Dans mon volet précédent, j'avais écrit : « Hier le Trésor américain a vendu aux enchères 27 milliards de bons à trois mois, qui LUI rapportent 0,005%. Vous avez bien lu. C'est le taux le plus bas jamais pratiqué depuis 1929. ». Il fallait bien entendu lire « 27 milliards de bons qui rapportent aux investisseurs 0,005% »; en fait, elles coûtent au Trésor.
12 décembre 2008
Il est minuit sur la chaine du Maire. Londres va ouvrir dans une demi-heure. Les places de Hong-Kong et de Tokyo ont fermé pour le week-end avec deux belles entailles de -5,92% et -5,62% de profondeur. Le Dow futures qui vous annonce la météo de Wall Street pour demain affiche -3,55%. Ephéméride de l'apocalypse.
Pour moins que le prix d'un chocolat chaud pris en face de l'Opéra Bastille, il y a encore quelques heures vous pouviez vous offrir une action de General Motors. Maintenant, il ne vous en coûtera plus qu'un café au comptoir.
C'est fini. Les sénateurs et les membres du congrès de la 110ème législature rentrent chez eux. Les canards battus en boitant, les autres en titubant, incrédules que la droite au Sénat ait eu la faculté d'empêcher un prêt relais de 14 milliards de dollars pour les trois constructeurs du Michigan.
Montesquieu en avait rêvé : « Il faut que par la force des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». George Washington, Benjamin Franklin, Alexander Hamilton et surtout James Madison l'ont fait. La Constitution de 1787 institue un régime de collaboration des partis (le fameux bipartisanship) et protège le pays contre la tyrannie des urnes, grâce à un système de contre-pouvoirs (checks and balance). L'inconvénient de l'avantage c'est qu'une majorité ne peut lutter contre l'obstruction systématique de la minorité (le filibuster-littéralement faire de la piraterie parlementaire) qu'avec une majorité qualifiée, la super majority de 60 voix sur 100 à la chambre haute.
Dans l'assemblée sortante, le rapport des forces était de 49/51 en faveur des Démocrates ; grâce aux deux sénateurs non-inscrits (independents), mais ce n'était pas assez. Dans la future assemblée, élue le 4 novembre et qui prendra ses fonctions le 6 janvier 2009, les Démocrates ont 58 sièges et peut-être vont-ils en gagner un 59ème lors de l'élection partielle du Minnesota. Encore une fois, un seul sénateur empêche la chambre de virer bleue marine. (Attention aux daltoniens politiques, aux Etats-Unis, rouge, c'est républicain ; bleu démocrate).
Le plan de sauvetage avait été approuvé hier par la chambre basse, contrôlée depuis 2006 par les Démocrates et dans laquelle il n'y a pas de minorité de blocage. Mais pour prendre force de loi, le plan devait être adopté en termes identiques par le Sénat. Le vote 52 pour, 35 contre n'a pas permis de surmonter la rafale d'amendements destinée à laisser filer la montre. Le principal point d'achoppement a été les concessions encore plus drastiques exigées par les Républicains de la part des syndicats. Grosso modo on leur demandait de rogner toute couverture santé et toute retraite pour s'aligner sur la politique salariale des constructeurs étrangers installés dans les Etats du Sud. Les Démocrates étaient prêts à accepter une baisse progressive mais pas une coupe à la hache alors que le pays tangue au bord de la dépression. Les Républicains ivres de colère d'avoir été battus à cause du bilan de Bush et de la campagne désastreuse du moins consensuel de leurs membres, John McCain livrent un baroud d'honneur tout en pratiquant la politique de l'assemblée brûlée.
Encore cet après-midi on parlait de ramener Paul Volcker, 81 ans, l'ancien gouverneur de la Fed du temps de Ronald Reagan, de sa retraite à temps partiel – à ses heures, il conseille Obama- et de le couronner « Tzar de toutes les autos » (car czar, c'est joli, en plus ça rime). Bénéfice de l'entrée en âge, il était déjà aux affaires en 1979 lors du précédent dépôt de bilan de Chrysler. Cette fois-ci, Il aurait reçu des pouvoirs ad hoc, comme un juge des faillites, avec pour mission de forcer les Trois Grosses à se restructurer, tout en imposant des concessions à toutes les parties prenantes (les stakeholders, comme on dit en anglais-stake=enjeu, mise) : créanciers, salariés, actionnaires, fournisseurs. Cela serait revenu à un redressement judiciaire (chapter 11) sans la lettre écarlate.
Il existe des raisons valables pour lesquelles les PDG des entreprises de Detroit, la centrale syndicale de UAW, les élus démocrates et nombre d'économistes voulaient éviter la procédure collective. D'abord aucun futur acheteur de voiture ne sera assez bête pour choisir une marque susceptible de disparaître sous trois mois pour cause de liquidation judiciaire (chapter 7). Du coup, l'ouverture d'une procédure collective fait craindre qu'au moins un, voire deux constructeurs soient liquidés et c'est cette crainte qui conduit les gens à ne pas acheter leurs produits. Ainsi la prédiction s'exauce. En économie, on appelle cela les anticipations auto-réalisatrices (self-fulfilling prophecy).
Ensuite lors d'une procédure collective, la restructuration du passif exigible se fait grâce à un financement qui prend rang dans le remboursement des créanciers juste après le super-privilège des salaires et des impôts. Ce financement appelé Debtor-In-Possession (DIP) financing, souvent très coûteux, permet à l'entreprise de couvrir les coûts d'exploitation et les achats courants de stocks pendant sa restructuration. Or, devinez quoi avec le credit crunch, l'une des plus grandes entreprises qui se spécialisait dans le domaine, General Electric a arrêté net. Le business a beau être lucratif, quand c'est gelé, c'est gelé. Donc, les Républicains du Sénat laissent tomber les Trois Grosses, victimes de leurs erreurs stratégiques, certes, du crédit crunch et de la crise qui tue la consommation d'objets durables, surtout, et ils les envoient visiter le DIP financing au fin fonds de la Sibérie bancaire.
A qui profite le crime ? Aux Etats du Sud, dont les Républicains sont les élus et qui ont des usines en fonctionnement ou en construction qui font du dumping social. Pas de syndicats, pas de retraite, pas couverture santé pour les travailleurs non permanents, qui dit moins ?
Maintenant des nouvelles de l'Illinois, l'Etat d' Abraham Lincoln, d'Al Capone, des Kennedy et de Barack Obama.
Après 6 jours d'occupation de leur entreprise à Chicago, les salariés licenciés sans préavis d'une entreprise de fabrication de fenêtres, après que Bank of America ait coupé les lignes de vie viennent d'obtenir le paiement de leurs indemnités. Cela n'avait pas le cachet de Lipp. On ne les avait pas vus se remettre à couper, poncer, clouer tandis que d'autres faisaient les VRP sur les chantiers « Qui veut mes fenêtres ? Feu-naitre ! Qui veut mes fenêtres ? ». Mais on était tout de même agréablement surpris de voir des images à la télévision.
D' abord, les grèves ici sont rares. Ensuite, quand elles éclatent, les medias parlent du mari qui a fait rôtir sa femme parce qu'elle lui avait confisqué la télécommande. Wow, donc des images de grève et à la télé, c est plus rare que l'école publique et de qualité ou un Républicain à San Francisco. Une victoire à la Pyrrhus, pourtant car l'entreprise a bel et bien plié bagage ; les anciens dirigeants ont crée une nouvelle structure juridique dans l'Iowa où … finissez la phrase avec moi, la main d'œuvre est plus docile et moins onéreuse.
En Illinois, c'est la lutte finale aussi pour la liberté de la presse et même pour la presse tout court : le Chicago Tribune est en cessation de paiements.
J'ai gardé le plus immoral pour la fin. Le gouverneur de cet État, comme tout gouverneur est investi de la prérogative de nommer le remplaçant d'un sénateur démissionnaire ; par exemple quand il vient d'être élu Président de la République, comme Lincoln. M. Blagojevich n'avait rien trouvé de mieux que de monnayer le poste. La veille de la visite matutinale du FBI à son domicile familial, il faisait le fanfaron devant les caméras venues filmer les grévistes. A un journaliste qui lui demandait s'il était au courant des écoutes du FBI, il répondait qu'ils pouvaient écouter leur ipod ou ce qu'ils voulaient. Le lendemain, il était cueilli au saut du lit. Le pays mangeait ses corn flakes en apprenant le contenu des minables conversations téléphoniques, avec pleins de bips ; car à la télévision américaine il ne faut pas faire rougir votre écran-plasma avec des gros mots.
L'ancien gouverneur de l'Illinois purge une peine de prison pour
A- faire peur aux petites filles
B- absentéisme chronique
C- corruption
D- all of the above (=toutes les réponses ajoutées).
A l'heure où je termine cette chronique, la bourse de Londres est béante avec -3,23%, Francfort déguste avec -4,16% et Paris, demandez au zouave, Paris est sous -4,86%. New York est ouverte depuis 90 minutes et vous sert un -2,48% dans le milieu de l'estomac. Juste pour bien comprendre, quand on ajoute tous ces pourcentages et qu'on les convertit en capitalisation boursière… Quelqu'un a-t-il une calculatrice ? On obtient bien plus que 14 milliards de dollars ? Après on dit que les Républicains sont les vrais amis de l'économie et de la croissance.
Demain, je vous raconte comment les buveurs de matcha iront cuver leur gueule de bois sur la planète ZIRP.
Gabrielle Durana
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mercredi 10 décembre 2008
Chroniques du tsunami financier: Mon oncle d’Allemagne (45ème épisode)
9 décembre 2008
Nous allons répéter avec la Bourse de Paris qu'aujourd'hui c'est Noël, le CAC 40 s'est envolé de 8,68%, l'Union Européenne a approuvé le plan de sauvetage des banques de M. Sarkozy, les milliards vont commencer à pleuvoir sur les bilans des banques. Trempons les lèvres.
Comment ça il est tiède ? D' après le Financial Times, dont la réputation de rigolards est totalement surfaite, 200.000 entreprises de l'Union Européenne feront faillite en 2009 ; contre 62.000 aux Etats-Unis (42.000 en 2008 et 28.000 en 2007) Dans la maison Usher, la France occupera le pigeonnier avec 63.000 dépôts de bilan.
Tenez, vous en reprendrez bien un petit peu, même s'il n'a plus de bulles.
Que les malheurs aient rattrapé l'Amérique, ce n'est que justice divine de l'économie. Ces gens-là vivent au-dessus de leurs moyens, ils ont des grosses voitures et ils jettent leurs verres en papier comme si les arbres repoussaient dans les poubelles. Tandis que si vous épargnez tous les mois, si vous exportez plus que vous n'importez, si vos lessives lavent gris, je vous promets que le petit Milton Friedman ira mettre de la croissance dans vos souliers tous les 31 décembre. Enfin, ça c'était le catéchisme qu'on vous avait appris à l'école de la réussite néo-classique. Et comme dans la vie des Saints c'est vraiment magnifique sur le papier.
Demandez donc au Japon où à l'Allemagne où les a menés la vertu. Le premier verra le nombre de ses entreprises en faillite passer de 14.000 à 17.000 en 2009, tandis que la deuxième s'enfonce dans la pire situation économique depuis 1949.
Vendredi dernier, la Banque Centrale Européenne a abaissé son taux directeur de trois quart de points, pour le ramener à 2,5%. La Banque d' Angleterre avait précédé. Elle a désormais un taux de base de 2%, du jamais vu depuis 1951. La Banque du Canada, (pays dont l'allégeance à la Reine d' Angleterre réapparait soudain comme une curiosité à l' occasion d'une crise institutionnelle, mais cela nous éloigne de nos moutons tsunamiens) et la Banque centrale danoise ont réduit leur taux-plancher de trois-quarts de points. Il est fixé à 1,5% pour la première et à 4,25% pour la seconde.
Le but de toutes ces grandes manœuvres est bien entendu de faciliter le desserrement de l'étau du credit crunch. Après la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre, en quelques jours, tout le marché des capitaux à court terme a été paralysé. Le peur de la faillite des banques a refroidi tout le monde de prêter à son voisin. Les autorités monétaires ont dû fournir de grandes quantités de liquidités pour éviter que l'économie n'explose à cause du gel des tuyaux. Puis comme cela n'a pas suffit, la Fed, imitée par la BCE s'est transformée en prêteur en premier ressort et a commencé à accepter des effets de commerce d'entreprises triées sur le volet et à leur procurer l'argent de leur trésorerie.
La peur a pour conséquence une fuite vers la qualité (flight to quality). Les gens vendent leurs monnaies locales et achètent des yens ou des dollars. Les déposants retirent leurs fonds des banques douteuses et les placent sous le matelas ou chez des concurrents plus solides. Les investisseurs liquident leur portefeuille d'actions et achètent des bons du Trésor en suivant le raisonnement que quand il ne resterait rien après le tsunami, l'Etat lui sera encore-là. Plus rien ne compte en dehors du souci de préserver le capital.
Hier le Trésor américain a vendu aux enchères 27 milliards de bons à trois mois, qui lui rapportent 0,005%. Vous avez bien lu. C'est le taux le plus bas jamais pratiqué depuis 1929. La semaine d'avant, le Trésor avait procédé à une vente semblable et il avait fallu qu'il offre du 0,05% pour trouver preneur. Au fait, hier, il y avait trois fois plus de demande que d'offre. Il a aussi procédé à une vente de bons à six mois pour 27 autres milliards, avec un intérêt de 0,30%. C'est le taux le plus bas depuis 1958. Une semaine auparavant, il lui avait fallu promettre un intérêt de 0,43% pour attirer les foules. Pas de problème. Il a d' ailleurs aussi levé des fonds à 10 et 30 ans avec des taux exceptionnellement bas.
En ce qui concerne le credit crunch, en anglais, la métaphore qui est souvent filée est celle du blizzard et donc l'amélioration de la situation est communément appelée un dégel (to thaw frozen credit). A en juger par ces taux ras-plat-plat, on serait invité à conclure que la banquise continue de dériver et qu'elle finira bien par rencontrer un Titanic. En fait, ce n'est que la moitié de l information nécessaire pour se faire un avis.
L'autre moitié du raisonnement repose sur le taux du Libor (London interbank offered rate). Ce taux décidé tous les jours à 11h par 13 banques et publié à Londres sert de référence aux prêts interbancaires et comme le nom ne l'indique pas, ce sont des prêts sans garanties. Le Libor est utilisé par les banques des Etats-Unis, du Canada et du Royaume-Uni. L'Europe continentale, elle, utilise l'euribor, computé et publié aussi chaque jour par Reuters. Il existe des Libor à un jour, à un mois, à trois mois etc. Aujourd'hui le Libor à trois mois cote 2,16% et l' euribor 3,428%.
La différence entre le taux des bons du trésor et le libor s'appelle le Ted-spread et c'est un excellent indicateur du fonctionnement du système financier. S'il augmente, c'est mauvais signe. S'il se réduit cela veut dire que les banques osent se faire confiance. Au plus fort de la crise, le 10 octobre 2008, le Ted-spread s'élevait à 4,65%. Aujourd'hui il est environ à 2,16%. Cela va donc un peu mieux, mais si je vous dis que le Ted historique oscille entre 0.1% et 0.5%, vous voyiez bien que le printemps est encore loin, loin, loin.
Donc les banques centrales y vont de leur politique monétaire pour huiler les rouages économiques. Comme on ne pourra plus baisser à l' infini, après on se mettra à faire ce qu'on appelle dans la langue des banquiers centraux du quantitative easing. La politique monétaire ne meurt pas : puisqu' on ne peut plus jouer sur les prix (le taux) on agit sur les quantités (le volume). La banque centrale retire le plafond sur ses ventes aux enchères et se met à acheter au taux de 0,005% tout ce qui se présente sur le marché des capitaux. Ne croyez pas que ce soit de la science-fiction. C'est ainsi que Roosevelt a financé la 2nde Guerre Mondiale.
Voilà pour la politique monétaire. Quant à l'autre bras du policy mix (nom savant donné à la politique économique qui fait un mélange (le mix) pour intervenir sur l'économie), c'est la politique budgétaire.
Vous êtes ministre de l'économie et des finances. Avant, dans un monde qui n'existe plus, vous aviez deux manettes, la politique monétaire et la politique budgétaire. Aujourd'hui, vous n'en avez plus qu'une, la politique budgétaire. Vous devez essayer d'analyser la situation. Le problème est-il du côté de la demande ou est-il du côté de l'offre ?
Si vous pensez que les entreprises n'embauchent pas parce que le coût du travail ou du capital sapent leur profitabilité, vous allez essayer d'agir sur l'offre. Vous baisserez par exemple l'impôt sur les sociétés (=moins de rentrées dans le budget de l'Etat). Si vous pensez que les entreprises n'embauchent pas parce qu'elles anticipent que personne ne leur achètera quoi que ce soit, vous êtes en train de diagnostiquer que le problème gît du côté de la demande.
En ce moment de Francfort à Paris, de New Dehli à Beijing, de Londres au Hilton de Chicago, où Barack Obama pendant encore 41 jours tient ses conférences de presse en attendant que les Bush aient fini d'acheminer leurs affaires à Dallas, l'immense majorité des gouvernants fait l'analyse que la demande est cassée.
Tous les pays adoptent des politiques de relance. L'eusses-tu cru ? Le retour du mot en L !!! M Sarkozy a même nommé Patrick Devedjian ministre de la relance comme si créer un ministère du beau temps pouvait épouvanter le tsunami.
Qu'on l'appelle relance ou stimulus package, le retour des politiques keynésiennes sonne le glas du crédo du laissez-faire et le conte de fées des déséquilibres qui ne sont que temporaires et qui se corrigent d'eux-mêmes. Comme disait Keynes, « les marchés peuvent rester irrationnels plus longtemps que nous pouvons rester solvables ».
Non seulement le marché peut demeurer irrationnel ou dans un équilibre sous-optimal mais il faut s'occuper de la demande, c'est-à-dire donner à manger aux poules, sinon elles ne pondront pas d'œufs et les restaurants n'auront plus d'omelettes, ou dans une métaphore moins avilissante, donner du travail aux consommateurs.
Barack Obama : 500 à 700 milliards de dollars (5% du PIB) avec une politique de grands travaux. Chine, 586 milliards de $ (8% du PIB), l'Inde 1 à 2% du PIB, malgré des déficits publics déjà élevés, Israël, France, Royaume-Uni (20milliards de £, soit 29.8 milliards de $ ou 23 milliards d'$), Italie, Espagne, Thaïlande, tous les pays sortent le chéquier pour faire des chèques souvent sans provision, car les caisses sont vides ; mais en se disant qu'avec des sourires peut-être le banquier endossera le chèque sans l'encaisser. Par ici, circulez la monnaie. Souvent aussi les vrais effets d'annonce masquent de vieilles dépenses qu'on rhabille en mesures de relance. Mais une chose est sure le volontarisme en économie est revenu.
Dans ce contexte, la rencontre à Londres, hier, de Gordon Brown, le Premier ministre britannique et de Nicolas Sarkozy, le président français au sommet baptisé « Global Europe » et auquel Angela Merkel,la chancelière allemande n'avait pas été invitée illustre la désunion européenne pour traiter la crise.
Rappelons que lors d'une rencontre le 27 novembre 2008, sous la houlette du président de la Commission, les 27 sont tombés d' accord pour dépenser jusqu' à 1,5% de leur PIB pour faire de la relance chacun dans son coin.
Ce graphique ci-dessous résume bien les données du problème. Dans la première colonne, vous avez les déficits budgétaires en % du PIB avant la relance. Dans la deuxième colonne, vous avez combien de milliards représente la relance de 1,5%. Si vous ajoutez les chiffres de la 1ere colonne au 1,5% de la deuxième vous obtenez les chiffres de la troisième colonne. Si nous étions en période normale, il faudrait que les pays restent en dessous de 3% dans cette 3eme colonne, afin de respecter le pacte de stabilité. Mais comme nous vivons le tsunami-une-fois-dans-ma-vie, et qu'à long terme, comme disait Keynes, nous serons tous morts, il faut d' abord sauver l'économie.
Mais justement comme les choses n'allaient pas si mal pour tout le monde, avant le tsunami, vous pouvez constater que tout en restant dans la limite de 3%, il y aurait encore de la marge à dépenser. La quatrième colonne nous donne l'enseignement suivant : l'essentiel de l'argent viendrait de … mon oncle d'Allemagne, de mes tantes italienne et espagnole et de ma vieille tante d'Helsinki dont j'avais jusqu' à oublié l'existence.

Les ministres de Merkel ont comparé l'enthousiasme anglo-français en faveur du déficit bêlant aux « lemmings se jetant du haut de la falaise ». Moi, cela me rappelle plutôt Mme Thatcher se jetant à la gorge de François Mitterrand en 1984 et lui criant : « I want my money back » (=je veux qu'on me rende mon argent, mais qui peut aussi se traduire par « je veux un retour sur investissement de mon argent »).
L'Allemagne (et d' ailleurs le Japon aussi mais c'est une autre histoire) sont en récession. Les maux qui frappent l'industrie automobile américaine frappent l'industrie automobile allemande avec des variantes (cf : graphique ci-après), alors pourquoi Angela Merkel ne saute-elle pas sur son siège en s'écriant « une relance, une relance » ?

Supposons que la crise dure deux ans, ce qui est plus ou moins le pronostic aujourd'hui. Si pendant deux ans, vous cherchez à distribuer du pouvoir d'achat directement aux ménages, comme ils sont endettés, ils vont utiliser l'argent pour payer leurs dettes. L'effet multiplicateur (ou ricoquet) dans l'économie est faible.
L'appareil productif de l'Allemagne est tourné à 85% vers l'étranger. Deux ans c'est trop court pour développer un marché national. Ce n'est pas tant que les Allemands ne consomment pas, peut-être (?), c'est surtout qu'ils ne sont pas assez, ou dit autrement qu'ils sont capables de fabriquer pour quatre à cinq fois le volume de ce que peut absorber leur marché national. Et comme ils sont très bons en termes de rapport qualité-prix (grâce à la qualité) et bien ils arrivent à l'exporter. Sauf quand le reste du monde est en crise, comme maintenant, où les exportations deviennent de la surproduction.
Deux ans, donc. Il faudra se serrer les dents et faire peut-être du traitement social du chômage. Quand la croissance repartira, le tissu industriel sera prêt à refabriquer les machines outils du reste du monde.
En attendant, Angela Merkel fait de la relancette avec 12 milliards d'euros de dépenses sur deux ans. Les Français et les Britanniques crient au passager clandestin (free rider). En théorie économique, on appelle le passager clandestin, celui qui veut bénéficier de quelque chose, ici la relance, sans en payer le prix. Quand on sait que l'Allemagne est le principal partenaire économique de la France et vice-versa mais que nous leur achetons des machines outils et autres biens à haute valeur ajoutée et que nous leurs vendons du vin, du fromage et des avions, on voit bien que la relation de mutuelle dépendance est réelle mais déséquilibrée.
C'est comme si la Floride crait au secours et la Californie faisait la sourde oreille. Sans un arbitre-le gouvernement fédéral- qui vous force, le jeu reste non-coopératif : à l heure des problèmes, chacun refuse de payer pour l'autre, même si in fine, cela serait bénéfique pour tout le monde. On aboutit à un équilibre sous-optimal, aussi appelé équilibre de Nash. A moins que la situation n'empire, l'Allemagne, le Royaume-Uni et la France ne pourront pas s'entendre sur la question de la relance.
La mesure sur laquelle les Britanniques et les Français auraient bien aimé obtenir l'accord de principe des Allemands était une baisse coordonnée de la Taxe à la Valeur Ajoutée, qu'ils auraient ramené de 17,5% à 15%.
Angela Merkel doute que cela relancerait la demande globale chez elle. La femme de mon oncle vient de changer la tuyauterie de ses banques et elle en a eu pour 100 milliards d'euros cash et 400 milliards en garanties. Pourtant les canalisations menacent de se briser à nouveau, quand ? Dieu seul le voit. L'urgence, c'est de préserver les trésors industriels, comme le secteur automobile, pas de jeter des euros allemands par les fenêtres du Rhin (tant pis pour les trois länder de notre côté du fleuve). Sans compter que voilà vingt ans que mon oncle dépense pour intégrer ses cousins orientaux avec des résultats mitigés, alors excusez-les encore s'ils préfèrent la Corrèze au Zambèze ; en allemand cela ce dit la forêt noire à la forêt du Cévennes.
Il y a aussi certainement du calcul politique dans la position de Merkel. Son rival siège au gouvernement avec elle. A quelques mois des élections, elle veut garder des marges de manœuvre pour provoquer Noël au bon moment et lui donner le baiser de Santa.
Gabrielle Durana
San Francisco, Etats-Unis
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samedi 6 décembre 2008
Chroniques du tsunami financier : deux cœurs, deux mesures (44ème épisode)
Vendredi 5 décembre 2008
Au pied du building de Bank of America, il y a une sculpture cubiste que les San Franciscains appellent « le cœur du banquier » (banker's heart). Ce n'est pas un cœur tout sourire et un peu kitsch comme ceux qui parsèment le reste de la ville, il est noir et il brille. Pas de trace de doigts. Moi qui connais des banquiers au grand cœur, j'ai toujours pensé que le sobriquet était drôle mais caricatural. Cependant, quand je vois ce qui est en train de se passer avec les constructeurs automobiles américains venus quémander un prêt-relais devant le Congrès, je me dis que finalement le cœur des banquiers est rarement rose.
Comprenez-moi, je n'éprouve pas de compassion particulière pour les pauvres PDG de Chrysler, Ford et General Motors qui ont fait du stop pour arriver à leur rendez-vous sur Capitol Hill. En France ou en Amérique, le patriotisme automobile est au patriotisme ce que la musique militaire est à la musique. Quant à l'internationalisme automobile, il s'appelle je roule dans ce qui me plaît. Inversement, un reportage de KTVU harcelant le maire de San Francisco parce que sa voiture hybride n'avait pas été achetée chez le concessionnaire intra muros, mais à Colma, le patelin d'à côté, me semble aussi grotesque.
En revanche, j'avoue, sans plaider coupable une présomption de solidarité morale avec les salariés de ces entreprises. Ron Gettelfinger, le secrétaire général de la United Auto Workers déclare : « I believe we can lose General Motors by the end of the month » (=Je crois que General Motors peut faire faillite d' ici à la fin du mois), et d'ajouter « We are prepared to do our part » (=nous sommes prêts à faire des concessions) et je ne peux m'empêcher de revoir dans la bibliothèque de mon enfance cet ouvrage à couverture violette, une histoire du mouvement ouvrier américain, publiée chez François Maspéro. Etre syndicaliste aux Etats-Unis, ça devait être comme prêtre dans un pays communiste.
Oui, je tousse, j'expectore devant le double-standard. Citigroup, d' une part, qui reçoit ses 20 millions de cash et ses 306 milliards de garanties pour pertes potentielles en un long dimanche après-midi, comme cela Paulson et Wall Street peuvent aller réveillonner tranquilles, et de l'autre, l'humiliation à laquelle en sont rendus les trois PDG, le chef de la centrale syndicale et les représentants des équipementiers pour obtenir 25 milliards de prêt-relais. L'Etat-c' est-Paulson assène que l'argent du TARP est destiné à refaire la plomberie –entendez le système financier- et pas pour l'électricité –lisez subventionner des usines obsolètes.
Et comme on cherche toujours des bouc-émissaires, le top du top est atteint quand on reproche aux salariés des Big three (Chrysler, Ford et General Motors) d'avoir obtenu via les syndicats de tels-avantages-en-termes-de-couverture-santé,-en-particulier-pour-les-retraités, que leur compétitivité s'en trouve obérée ; alors même que le pays vient d'élire un Président sur la promesse d'une couverture santé universelle.
En quelque sorte, si les voitures de ces marques ne se vendent pas, c'est la faute au pouvoir d'extorsion de la branche Al Capone de Détroit.
Certes, les constructeurs automobiles qui n'ont pas de syndicats dans leurs usines ont des coûts inférieurs. Une heure de travail à Détroit coûte environ 29 dollars de plus que dans les transplants japonais, Honda, Toyota, Nissan installés au Texas ou en Alabama. En fait, nous assistons déjà à des délocalisations vers les Etats qui pratiquent le « Right to work », littéralement, le droit au travail ; les entreprises ferment leurs portes dans le Midwest et déménagent vers des Etats « business friendly » (=favorables aux entreprises). Le « droit au travail » veut dire que les salariés n'ont pas à être membres du syndicat s'ils veulent être embauchés. Le contraire est le « closed shop », une mesure violemment combattue par Margaret Thatcher au début des années 80.
Un autre argument qu'on nous sert pour laisser tomber les trois grosses (the Big Three) est que le goût des consommateurs a changé. Leurs produits sont nuls, maintenant, les gens veulent des petites voitures, genre la Smart, la Cinquecento ou la Twingo.
Vivant dans la ville la plus écologique des Etats-Unis, où certes les lessives ne lavent pas gris comme en Allemagne, mais où les propriétaires de toutous doivent ramasser, depuis 1978, -merci Harvey Milk-, où les sacs en plastiques sont interdits et où si vous ne conduisez pas une voiture hybride, vous êtes un mauvais citoyen, je peux témoigner que le reste des Etats-Unis aime toujours les grosses voitures. Promenez-vous dans un parking de Whole Foods, le supermarché bio, repère à consommateurs bien pensants, du côté de Colma, et venez me reparler du goût américain pour la modération dans la taille des voitures ou des portions.
Autre version du même argument. Ce pays fondé sur l'automobile, où la vie idéale consiste dans un va et vient entre un pavillon de banlieue, sans trottoirs et le centre commercial (the mall), avec variété de restaurants rapides, ce pays donc aurait soudain pris conscience qu'il lui faut acheter des voitures plus économiques pour le bien de l'environnement. Or les trois grosses ne font que des tacots qui polluent. On peut finir la phrase avec une variante. « Les Américains savent qu'ils doivent acheter des voitures plus économiques pour se sevrer d'une relation malsaine avec l'Arabie Saoudite » ; puis version de gauche « développons les énergies renouvelables », version de droite « drill, baby, drill » (=perçons, ma chérie, perçons), nous avons du pétrole sous les pieds ou sur nos côtes. Et là encore, les trois grosses nous fabriquent des voitures gloutonnes qui se gorgent d'alcool noir.
Cet été, avec le triplement du prix du baril, nous étions presque sauvés. Le consommateur rationnel sentait sa douleur et suppliait qu'on le débarrasse de son SUV (littéralement Sports Utility Vehicle, une sorte de 4X4).
Hélas, le brut est retombé à 45$.
D' où l'importance d'une politique énergétique. Comme disait le ministre du pétrole saoudien en 1973, « l'âge de pierre ne n'est pas terminé faute de pierres ». Mais l'argument se poursuit, il ne s'agirait pas de remplir le verre de constructeurs alcooliques. Laissons-les mourir de leur belle cirrhose et concentrons-nous sur les constructeurs qui carburent avec modération.
Il y a quelques années, l'Eurostar avait défrayé la chronique en diffusant une publicité qui montrait des dizaines de maisons enchâssées entre un ciel gris et des plaines mornes. Le slogan « autrement à deux heures de Paris, il y a Londres » avait fait hurler l'office du tourisme du Nord Pas de Calais. Je ne sais pas à quoi ressemble Détroit. C'est probablement gris et pollué mais au moins 3 millions de personnes y vivent de leur travail. Faut-il se reprojeter « Ça commence aujourd'hui » ou « Rosetta » pour se convaincre qu'une région peut mourir et rester morte pendant très longtemps ?
Il y a tout de même une différence entre les deux situations. Il est encore économiquement viable de fabriquer des voitures aux Etats-Unis (et d'ailleurs en France aussi), alors qu'on pouvait difficilement concurrencer les coûts de Mittal (l'entreprise indienne qui a racheté Arcelor). Aussi douloureux que cela soit, certaines industries deviennent effectivement obsolètes. Mais est-ce le cas de l'industrie automobile aujourd'hui ? Après tout, Simca et Talbot ont bien disparu.
En janvier 2008, le PDG de Tata Motors, le géant de l'automobile indien a présenté la Tata Nano, destinée à son marché intérieur et qui serait vendue 2500$. Est-ce une menace pour la production de voitures dans les pays développés ? Non, car tout le monde ne veut pas rouler en Skoda. Il y a des gens qui aiment les Jaguars. Pour votre information, ironie postcoloniale, Jaguar appartient à Tata Motors.
Certes, le fordisme a déjà failli mourir une fois. Et c'est une solution observée dans un supermarché américain dans les années 60 et appliquée au Japon à la fabrication de voitures, par un ingénieur de chez Toyota, qui lui a sauvé la vie, en le faisant muter. Le toyotisme proposait une révolution dans le process, que Benjamin Coriat raconte de manière passionnante dans un livre très accessible, « Penser à l'envers ».
Aujourd'hui, la flexibilité du travail mise au point par Taiichi Ohno s'est généralisée. L'avantage des constructeurs étrangers est liée à un moins disant social –pas de retraite et peu de couverture santé- et non à une chaine de production plus efficace.
Ce que les partisans de la mise à mort ne disent pas c'est que si les trois grosses souffrent bruitamment, les étrangères serrent les dents, car, elles, ne peuvent pas arriver en prototype électrique à Capitol Hill et demander qu'on les soulage en attendant que l'avenir soit au point.
Après une baisse de 12% des commandes en octobre, Toyota a annoncé deux jours de chômage technique (furlough) en décembre sur tout le territoire américain et de la flexibilité externe, entendez on ne reprend pas les intérimaires ni les travailleurs à temps partiel, dans les usines de Californie, de l'Indiana et du Kentucky. L'usine de Blue Springs dans le Mississipi qui devait fabriquer des SUV modèle Highlander à partir de 2010 va être reformatée pour sortir des Prius, les fameuses voitures hybrides qui pullulent à San Francisco.
Les syndicats des trois grosses ont déjà fait d'énormes concessions pour augmenter la productivité. En 2010, leurs coûts devraient être comparables à ceux des étrangères, tout en offrant une meilleure protection sociale à leurs salariés. D' après le Harbour Report, une publication de référence dans le secteur automobile, en 2007, la différence entre le coût de production chez l'une des 3 grosses et Toyota s'élevait à 260 dollars par voiture. (Et oui, dans le prix de revient d'une voiture, il n'y a pas que le coût de la main d'œuvre). Alors d' où vient la différence ? D' abord de la distribution qui est complètement sclérosée chez GM-Ford-Chrysler.
L'économiste de Moody's convoqué ce matin devant les parlementaires estimait que le plan proposé par les 3 constructeurs était viable mais que les 34 milliards de dollars réclamés pour passer l'orage ne seraient pas assez et qu'il faudrait remettre la main à la poche d'ici à moins de deux ans ; avec un gros chèque de 75 à 125 milliards de dollars. Gloups !
Et pourquoi ces chiffres ? Dans une usine, les coûts fixes l'emportent sur les coûts variables. De 1999 à 2006, les Etats-Unis vendaient 17 millions de voitures par an. Avec les chiffres du chômage se détériorant à un rythme jamais du depuis trente ans, les projections de ventes automobiles sont revues à la baisse : 11 millions en 2009, 13,5 millions en 2010. 1,2 millions d'emplois ont été détruits en 2008 et le chômage atteint 6,5% de la population active. Autrement dit, la consommation d'objets durables est en berne.
Ce qui nous ramène à mon ami, le tsunami.
Au-delà de la longueur du processus devant les représentants de la nation, de son caractère théâtral, il y a la réalité du crédit crunch ; sinon, les trois de Détroit seraient en train de parler avec leurs banquiers, au club, au lieu de laisser le jet à l'aérodrome et d'arriver à Washington en promettant de toucher un salaire de un dollar symbolique.
J'en reparlerai demain, mais le marché des capitaux à court terme ne fonctionne toujours pas normalement. Dans un livre, «Les possédés de Wall Street », qui se lit comme un roman d'aventures, Dominique Nora avait raconté l'invention par Mike Milken du marché des junk bonds (obligations pourries), dans les années 80. Son idée, géniale, était de faire confiance à ceux à qui personne n'aurait donné un sou vaillant et de leur facturer un taux plus élevé. Il devint milliardaire, puis de fit arrêter, se retrouva en prison, fut interdit de trading à vie. Aujourd'hui, il s'occupe d'œuvres de charité avec Mohammed Yunus, le prix Nobel banquier des pauvres. Histoire d'une rédemption.
Les obligations sont considérées comme pourries à partir du moment où le créancier exige un taux d'intérêt réel supérieur à 7%. En ce moment, 50% des entreprises américaines ont une note qui ne leur permet pas de lever des capitaux à court terme dans le marché primaire. C'est soit on se serre la ceinture, soit on va voir les usuriers. Et bien le mois dernier, une seule entreprise a trouvé à se financer sur le marché des junk bonds, la MGM Mirage, à hauteur de 700 millions de $. Pour le reste des entreprises, un taux d'intérêt de 20% est rédhibitoire. Hier, Avis, l'entreprise de location de voitures est allée frappée à la porte du Fed pour emprunter à trois mois. Avec les 3 grosses, le Fed n'est pas prêteur.
Un dernier mot sur les constructeurs automobiles et leurs misérables secrets, révélés par la montée des eaux. D' abord, ce matin, Barney Frank, le représentant du Massachussetts remettait l'un des PDG à sa place en doutant de la sincérité de son vert propos vus tous les procès intentés par son entreprise contre les Etats qui ont imposé des restrictions sur les émissions de gaz à effet de serre. Ensuite, s'il s'agit de se sevrer de la relation malsaine avec l'Arabie Saoudite pour établir une franche amitié avec le Brésil qui nous fournirait de l'éthanol, le fantôme de Simca ira rire sur nos tombes quand nous serons tous morts de la déforestation de l'Amazonie.
Gabrielle Durana
San Francisco, Etats-Unis.
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vendredi 5 décembre 2008
Chroniques du tsunami financier: racontez vos vacances (43ème épisode)
Jeudi 4 décembre 2008
Reprendre une chronique après dix jours d'absence est un exercice délicat. Pour qui écrivez-vous ? Pour ceux qui ont parfaitement suivi ce qui se passait car ils n'avaient pas d'Indiens à remercier pour le maïs et pour la terre, lors de vacances pré- et post-Thanksgiving ? Pour les copains qui ont reçu leur lettre de licenciement, pendant que vous ripailliez, de Madagascar à New York avec ou sans foie gras ? Les Anglo-Saxons ont les plus jolies pincettes linguistiques. Au lieu de déclarer tout de go « désolé, vous êtes viré », les Britanniques préfèrent dire : « someone is made redundant » (=la personne est devenue surnuméraire). Les Américains font encore plus fort avec leur énigmatique « he/she was let go » (=on l'a laissé partir, pfffouit !) –juste pour terminer sur la désagréable réalité de perdre son gagne-pain, en anglais, quand quelqu'un est renvoyé, on dit he got fired.
En montant dans l'avion à JFK, j'ai donc sorti ma collection de Wall Street Journaux que j'avais empilée sur ma table de nuit chaque soir, lorsque l'ambition de faire ma prière quotidienne de femme moderne, pour reprendre l'expression de Hegel sur la lecture du journal, donc quand cette ambition était vite remplacée par l'appel de mon oreiller. Plus d'échappatoire, heureusement, le manque de place en classe économique me tiendrait éveillée aussi surement que le bain de pieds avec des glaçons que j'utilisais quand j´étais en prépa pour étudier passé deux heures.
Donc je lis, je déchire, je plie comme je peux et je coince les journaux usagés entre l'accoudoir et le hublot. Mon voisin regarde un film d'action sur le dossier devant lui et ne fait pas attention.
Résumé des épisodes que je n'ai pas écrits pour cause de flânerie new-yorkaise :
Par ordre de gravité, l'Inde vient d'être victime d'une série d'attaques terroristes dans sa capitale économique, à Bombai –Mumbai en géographie politiquement correcte. Si en termes humains – 170 morts et un carnage de blessés- et en termes économiques –les hôtels de luxe sont détruits mais la Bourse n'a pas flanché : l'indice Sensex augmentait de 0,7% vendredi lors de sa réouverture et aujourd'hui de +5,51%, tout de même en baisse de 53% sur un an, mais tout de même !- ces événements ont été vécus par la population, après Bali, Madrid et Londres, comme leur onze septembre. Sans vouloir jouer les Cassandres, j'espère que les tensions entre l'Inde et le Pakistan, tous deux détenteurs de la bombe atomique ne vont pas conduire à un enchainement de type assassinat de l'archiduc François-Ferdinand. Pour une fois, je me réjouissais de reconnaître aux côtés de Manmohan Singh, le Premier ministre indien, le rictus de sorcière de Condolezza Rice venue calmer le jeu ; pendant que le locataire en partance lançait son initiative de « préservation du souvenir de son bilan », le Bush legacy project. Ce n'est pas un gag ! Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi il y avait un aéroport Ronald Reagan à Washington-, des bouts d'autoroute Ronald Reagan- en Louisiane, en Alabama et dans l'Illinois, des écoles Ronald Reagan, la place principale de Cracovie Ronald Reagan, un parc à Gdansk ? Maintenant si Ronald McDonald change de nom, vous saurez...
Pendant que Karl Rove œuvrait à récrire le souvenir du futur, les short sellers avaient trouvé une autre institution sur laquelle gagner quelques dollars en lui faisant la peau : Citigroup, la plus grande banque au monde. Ils prirent l'excuse que Hank Paulson les avait induit en erreur en leur donnant l'espoir que le programme du TARP –les 700 milliards à dépenser pour refaire le plus vite possible la tuyauterie du capitalisme- allait délester les banques de leurs actifs pourris puis, le 12 novembre, en se ravisant. Avant que je parte à New York, l'action C comme Citigroup avait perdu 53% de sa valeur et le prix des CDS Citigroup atteignaient des prix stratosphériques (ce qui veut dire qu'il devient très cher, voire prohibitif de s'assurer contre une défaillance mais très lucratif que l'entreprise fasse faillite ; à condition bien sûr d'être déjà assuré).
Hank Paulson dont la fortune personnelle, amassée au cours d'une carrière à succès à la tête de Goldman Sachs est évaluée à 500 millions de dollars et qui compte les jours jusqu' au 20 janvier comme un prisonnier sur le point d'être libéré du Ministère des Finances a passé le week-end d'avant Thanksgiving à éviter que ne tombe un autre astéroïde pendant le week-end de Thanksgiving. On lui a tellement reproché d'avoir laissé Lehman Brothers faire faillite qu'il s'en défendait, lui aussi pensant aux étudiants en histoire de la pensée économique à naître. Le 20 novembre, à Simi Valley en Californie, il prononçait un discours dans la Bibliothèque Présidentielle Ronald Reagan au cours duquel il taxait cette accusation de naïve voire de malhonnête. « Some have chosen to scapegoat the Lehman failure as the cause of the deepening crisis in September, as opposed to a symptom. […] This is at best naïve, and at worst disingenuous"[i].
Trois petites banques venaient de faire faillite, même si leurs déposants étaient protégés par l'organisme qui mutualise les risques, le FDIC. L'eau continuant de monter. Il a bien fallu sortir le chéquier le dimanche, avant la réouverture de Wall Street.
Vingt milliards de dollars plus tard et quelque 306 autres -milliards- de pertes potentielles garanties par le contribuable, Wall Street pouvait se réveiller sans frémir.
Justement le locataire suivant du 1600 Pennsylvania avenue avait annoncé vendredi 21 novembre, qu'il nommait Reithner au poste de Secretary of the Treasury (=ministre des finances). A force d'être aux avant-postes, chaque fois qu'une banque too big to fail[ii] doit être secourue, le gouverneur de la Banque Centrale de New York est devenu pompier de première division ; pour que le capitalisme, comme dans un film de James Bond, meure un autre jour. Donc quand le lundi, la ville s'éveille, la nouvelle du sauvetage de Citigroup se répand. Le Docteur Obama donne une piqure de rappel en présentant le reste de son équipe de transition, conduite par Lawrence Summers, l'ancien Grand Argentier de Clinton, le neveu de deux prix Nobels d'Economie (Paul Samuelson et Kenneth Arrow), plus récemment devenu infréquentable après qu'au poste de président d'Harvard, il ait déclaré que les filles étaient moins douées que les garçons pour les sciences. Visiblement, le purgatoire avait assez duré. Après un week-end nuageux, la Bourse sort le champagne. Clôture en hausse de 400 points.
Les jours suivants, Barack Obama a cherché à rassurer Main Street (=la population). Il a égrené ses projets de relance, une enveloppe de 500 à 700 milliards de dollars, la promesse de créer 2,5 millions d'emplois d'ici à janvier 2011 grâce à des mesures keynésiennes d'investissement dans les services publics, dans les infrastructures et dans les énergies propres.
Les marchés ont adoré. En une semaine, le Dow Jones avait repris 17%. L'action Citigroup avait augmenté de 58% et terminait la séance à 6 dollars (et oui, -53%, +58%, ça ne s'annule pas).
Le lundi d'après, la Bourse s'écroulait de 7,7%.
« Allo, docteur, je croyais que j'étais guérie !!? »
-Ah, non Madame, le develeraging c'est comme la grippe c'est huit jours au lit ou une semaine en prenant des médicaments. Sauf que c'est beaucoup plus douloureux et que ça dure de deux à dix ans.
- Je me souviens plus de ce que j'ai comme maladie…
-Une crise de foie du crédit. Vous devez purger, purger et purger.
- Je croyais que la rédemption vous conduisait droit au paradis ?
- Pas exactement.
- Ah, je vois, il faut d' abord mourir…
- Continuez à prendre vos médicaments et à vous purger. On va finir par arriver au bout.
- Je dois y aller, là. »
Mardi la Bourse augmentait de200 points, mercredi de 172. Aujourd'hui, plus de la moitié du gain a été pulvérisé avec une chute du Dow Jones de 2,51%.
Demain je vous parle de l'autre maladie, le credit crunch.
San Francisco-Etats-Unis
PS: Je vous glisse une dernière photo de New York. Dans l'arrière fond, les décorations de Noël de l'immeuble Louis Vuitton sur la 5eme avenue. Au premier plan, l'Amérique qui se lève tôt.
[i] D'aucuns ont choisi de faire de la faillite de Lehman Brothers le bouc-émissaire de l'aggravation de la crise en septembre, au lieu d'y voir un symptôme. C'est au mieux naïf, au pire malhonnête ».
[ii] Littéralement une banque « trop grosse pour faire faillite » car elle provoquerait dans un effet domino, l'effondrement de tout le système.

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jeudi 4 décembre 2008
Rachida Dati ment. "La prison à 12 ans, une mesure de bon sens"
Selon l'article du Monde (http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/12/03/la-prison-a-12-ans-une-mesure-de-bon-sens-pour-rachida-dati_1126484_3224.html),
Aux yeux de Mme Dati, "un mineur a besoin d'autorité", qui doit cependant "être exercée avec autant de fermeté que d'humanité". Pour justifier sa décision, elle a également souligné que fixer la majorité pénale à 12 ans correspond à la moyenne appliquée par "nos voisins" – 10 ans en Suisse et en Angleterre, 12 aux Pays-Bas, 14 en Allemagne, Espagne, Italie – et que l'idée
avait été approuvée par le Comité des droits de l'enfant de l'ONU en 2007.
pour justifier sa décision, Rachida Dati a également souligné que l'idée avait été approuvée par le Comité des droits de l'enfant de l'ONU en 2007. C'est faux! On ne peut pas laisser passer des mensonges aussi ehontes.
Le Comite des droits de l'enfant a recommande aux pays qui ont un age de responsabilite penale inferieur a 12 ans de le monter a 12 ans comme un "absolu minimum" et a expressement recommande aux Etats avec des limites d'age superieures a 12 ans de ne surtout pas les abaisser. Cf. extrait du document onusien ci-dessous.
C. Age and children in conflict with the law
16. The minimum age of criminal responsibility (MACR).
The States Parties reports show the existence of a wide variety of minimum ages of criminal responsibility. They range from a very low level of age 7 or 8 to the commendable high level of age 14 or 16. Quite a number of States Parties use two minimum ages of criminal responsibility. Children in conflict with the law who are at the time of the commission of the crime of an age at or above the lower minimum age but below the higher minimum age are assumed to be criminally responsible only if they have the required maturity in that regard. The assessment of this maturity is left to the court/judge, often without the requirement of involving a psychological expert, and results in practice in the use of the lower minimum age in cases of serious crimes. The system of two minimum ages is often not only confusing but leaves much to the discretion of the court/judge and may result in discriminatory practices.
In the light of this wide range of minimum ages for criminal responsibility the Committee feels the need to provide the States Parties with clear guidance and recommendations regarding the minimum age of criminal responsibility.
Article 40 (3) CRC requires that States Parties shall seek to promote inter alia (see under a) the establishment of a minimum age below which children shall be presumed not to have the capacity to infringe the penal law, but does not mention a specific minimum age in this regard.
The committee understands this provision as an obligation for States Parties to set a minimum age of criminal responsibility (MACR). This minimum age means the following:
- children who commit an offence at an age below that minimum cannot be held responsible in a penal law procedure. Even (very) young children do have the capacity to infringe the penal law but if they commit an offence when below the MACR the irrefutable assumption is that they cannot be formally charged and held responsible in a penal law procedure. For these children special protective measures can be taken if necessary in their best interest;
- children at or above the MACR at the time of the commission of an offence (or: infringement of the penal law) but younger than 18 years (see also hereafter para. 19 – 21) can be formally charged and subject to penal law procedures. But these procedures, including the final dispositions, must be in full compliance with the principles and provisions of the CRC as elaborated in this General Comment.
Rule 4 of the Beijing Rules recommends that the beginning of that MACR shall not be fixed at too low an age level, bearing in mind the facts of emotional, mental and intellectual maturity. In line with this rule the Committee has recommended States Parties not to set a MACR at a too low level and to increase an existing low MACR to an internationally acceptable level. From these recommendations, it can be concluded that a minimum age of criminal responsibility below the age of 12 years is considered by the Committee not to be internationally acceptable. States Parties are recommended to increase their lower MACR to the age of 12 years as the absolute minimum age and to continue to increase it to a higher age level.
17. At the same time, the Committee urges States Parties not to lower their MACR to the age of 12. A higher MACR, for instance 14 or 16 years of age, contributes to a juvenile justice system which, in accordance with article 40(3)(b) CRC, deals with children in conflict with the law without resorting to judicial proceedings, providing that the child's human rights and legal safeguards are fully respected. In this regard, States Parties should inform the Committee in their reports in specific detail how children below the MACR set in their laws are treated when they are recognized as having infringed the penal law, or are alleged as or accused of having done so, and what kinds of legal safeguards are in place to ensure that their treatment is as fair and just as that of children at or above the MACR.
document complet: http://www2.ohchr.org/english/bodies/crc/docs/AdvanceVersions/GeneralComment10-02feb07.pdf
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mardi 2 décembre 2008
Il y a vraiment quelque chose de pourri en Sarkozyland !
Opération antidrogue : le témoignage d'une élève du collège de Marciac
NOUVELOBS.COM | 02.12.2008 | 20:29
Voici la retranscription du témoignage manuscrit de Zoé, une élève de 3e du collège de Marciac (Gers), qui raconte, avec ses propres mots, l'opération antidrogue menée dans sa classe par les gendarmes, mercredi 19 novembre :
"Il nous l'avait dit, le CPE [le conseiller principal d'éducation, ndlr], que des gendarmes allaient venir nous faire une prévention pour les 4ème et les 3ème. Ce mercredi là (19/11/2008), toutes les classes sont entrées en cours comme à leur habitude, en suivant les profs. A peine 10 minutes plus tard, nous étions assis, deux gendarme faisaient déjà le tour de la salle où nous étions. La prof avec qui nous étions, les regardait en nous disant "Ils font leur ronde!??" . Elle n'était à priori au courant de rien bien sûr. Soudain, la porte s'est ouverte, laissant entrer deux gendarmes... Enfin non, pas exactement!!! Il y avait un monsieur chauve habillé en militaire (le dresseur de chien en fait!) et un gendarme très gros.
Le chauve nous a dit: "Nous allons faire entrer un chien! Mettez vos mains sur les tables, restez droit, ne le regardez pas! Quand il mord, ça pique!" Enfin il a dit ça, à peu près... Je me rappelle surtout du "Quand il mord, ça pique!"
Après, il est sorti deux minutes et est revenu avec deux autres gendarmes et le chien. Les gendarmes se sont placés aux deux extrémités de la classe tandis que le dresseur regardait son chien déjà à l'oeuvre. Le chien s'appelait Bigo. Bigo s'est acharné sur plusieurs sacs, en mordant et arrachant tout ce qui dépassait. Quand à la prof, elle restait derrière son bureau bouche bée.
Le chien s'est attaqué au sac de mon amie, à coté de moi. Le dresseur a claqué des doigts en disant: "Sortez mademoiselle, avec toutes vos affaires!" Elle a rangé son sac, s'est levée et s'est apprêtée à sortir mais le dresseur l'a repris vite: "Et ton manteau!" Elle a rougi et emporté aussi son blouson.
Plusieurs personnes de la classe sont ainsi sorties. Le chien vient alors sentir mon sac. Voyant que le chien ne scotchait pas, que rien ne le retenait là, le dresseur lui a fait sentir mon corps avant de s'empresser de me faire sortir. Dehors m'attendait une petite troupe de gendarmes... Enfin, non, pas dehors: nous étions entre deux salles de classe.
Me voyant arriver, ils se dépêchèrent de finir de fouiller une autre fille. Mon amie était déjà retournée dans la classe. Quand ils eurent fini, ils s'emparèrent de mon sac et le vidèrent sur le sol. Un gendarme me fit vider les poches du devant de mon sac. Il vérifia après moi. Je n'étais pas la seule élève. Avec moi, il y avait une autre fille qui se faisait fouiller les poches par une gendarme.
Ils étaient deux gendarmes hommes à la regarder faire. Le gendarme qui fouillait mon sac vida ma trousse, dévissa mes stylos, mes surligneurs et cherchait dans mes doublures.
La fille qui était là fouillée elle aussi, se fit interroger sur les personnes qui l'entouraient chez elle. Elle assurait que personne ne fumait dans son entourage. Ils la firent rentrer en classe.
C'était à mon tour! La fouilleuse me fit enlever mon sweat sous le regards des deux autres gendarmes.....
Je décris: Un gendarme à terre disséquait mes stylos, un autre le surveillait, un autre qui regardait la fouilleuse qui me fouillait et le reste de la troupe dehors. Ne trouvant rien dans ma veste, elle me fit enlever mes chaussures et déplier mes ourlets de pantalon. Elle cherche dans mes chaussettes et mes chaussures. Le gars qui nous regardait, dit à l'intention de l'autre gendarme: "On dirait qu'elle n'a pas de hash mais avec sa tête mieux vaut très bien vérifier! On ne sait jamais... " Ils ont souri et la fouilleuse chercha de plus belle!
Elle cherche dans les replis de mon pantalon, dans les doublures de mon tee shirt sans bien sûr rien trouver. Elle fouilla alors dans mon soutif et chercha en passant ses mains sur ma culotte! Les gendarmes n'exprimèrent aucune surprise face à ce geste mais ce ne fut pas mon cas!!!!!!
Je dis à l'intention de tous "C'est bon arrêtez, je n'ai rien!!!!"
La fouilleuse s'est arrêtée, j'ai remis mon sweat et mon fouilleur de sac m'a dit: "tu peux ranger!".
J'ai rebouché mes stylos et remis le tout dans mon sac et suis repartie en classe après avoir donner le nom du village où j'habite.
De retour en classe, la prof m'a demandé ce qu'ils ont fait. Je lui ai répondu qu'ils nous avaient fouillé. Je me suis assise et j'ai eu du mal à me consacrer au math!
Tout ça c'est ce que j'ai vécu mais mon amie dans la classe à coté m'a aussi raconté.
Le chien s'est acharné sur son sac à elle et elle a eu le droit au même traitement. Mais ses affaires sentaient, alors ils l'ont carrément emmené à l'internat où nous dormons. Le chien s'est acharné sur toutes ses affaires m'a t-elle dit. Le gendarme lui a demandé si elle connaissait des fumeurs de hash, vue qu'ils ne trouvaient rien. Elle leur a simplement répondu que le WE dernier elle a assisté à un concert!
Le CPE l'a ramené ensuite au collège et elle m'a raconté. Après les cours, le principal a rassemblé tous les élèves et nous a dit que bientôt allait avoir lieu une prévention pour tout le monde.
Une prévention? Avec des chiens? Armés comme aujourd'hui? Une élève de 4ème nous a dit que le chien s'est jeté sur son sac car il y avait à manger dedans. Elle a eu très peur. Les profs ne nous en ont pas reparlé....Ils avaient l'air aussi surpris que nous!
Tous les élèves de 3ème et 4ème ont du se poser la même question: "Que se passe t il?" Et tous les 6ème et 5ème aussi même si ils n'ont pas été directement concernés!" Zoé (DR)
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Une semaine en Sarkozye ou le crépuscule des libertés
- 2-dic-08 - Des gendarmes et des maîtres-chiens se sont invités en pleine classe au collège de Marciac, dans le Gers. Des collégiens ont subi des fouilles au corps. Selon les syndicats, plus d'une vingtaine d'opérations de ce type auraient été conduites depuis le début de l'année
- 1-dic-08 - Des bousculades entre la police et des familles, soutenues par l'association Droit au logement (Dal), ont eu lieu ce lundi matin près du tribunal administratif de Paris. Ces dix neuf familles, une trentaine de personnes au total, sont venues saisir le tribunal en vertu de la loi sur le droit au logement opposable, qui entre en vigueur aujourd'hui.
- 1-dic-08 - Concernant l'indépendance de la justice, Villepin estime qu'«il n'est pas acceptable qu'il puisse y avoir dans notre pays une telle confusion entre les intérêts privés d'une partie civile et la responsabilité publique du président de la République. Cette confusion est dommageable au bon fonctionnement de la justice.» Pour l'ancien chef du gouvernement, «Nicolas Sarkozy a toutes les manettes en mains : il est le maître de l'ensemble du processus judiciaire. Il est maître de la composition d'une juridiction alors même qu'il est partie civile dans le dossier ; il est maître du calendrier du procès, on parle de 2009 ou de 2010 ; il est maître de l'accès à l'information et il est chef des parquets. C'est impressionnant.»
- 28-nov-08 - Vendredi, Vittorio de Filippis, directeur de la publication de Libération de mai à décembre 2006, a un réveil désagréable. Vers 6 h 40, des coups répétés à la porte. Quatre policiers, brassard au bras, l'enjoignent de les suivre. Il ne peut téléphoner ni à sa famille ni aux avocats du journal. Le journaliste demande à son fils aîné, âgé de 14 ans, d'emmener son petit frère de 10 ans à l'école.
- 1-dic-08 -L'idée que des SDF meurent de froid est visiblement insupportable. Que la violence sociale transforme chaque année l'existence de dizaines de milliers de personnes en cauchemar, dans les centres-ville autant que dans les zones les plus rurales, et que certains d'entre eux réagissent en mettant leur vie en péril, voilà qui ne dérange personne. Qu'un sans-abri meurt dans une rue de Paris, cela suscitera des commentaires gênés. Mais que le même ait le mauvais goût de mourir au bois de Vincennes, où l'on vient se promener en famille le dimanche, non : il faudrait se lever et dire stop. Pourquoi ? Parce que, par le choix d'un tel lieu d'exil, ce clochard-là réveille des peurs enfouies autour de la nature - la nature végétale et la nature de l'homme.
- 1-dic-08 - Les militants du comité «L'appel et la pioche» appellent ça les week-ends «Faim de mois». Concrètement, cela se traduit par un pique-nique - c'était le quatrième du genre - qu'ils organisent dans un supermarché. Cette fois, les vigiles de l'enseigne n'ont pas du tout apprécié. Ils ont donc appelé la police, venus en nombre, une quarantaine d'agents, davantage que de manifestants. A l'issue de l'opération les policiers ont encerclé les membres du collectif… mais aussi la dizaine de journalistes (cameramen, photographes, reporters de presse écrite) présents. Ils ont relevé les identités des manifestants et des journalistes, interdisant à quiconque de s'en aller.
- 29-nov-08 - Il n'existe pas, en France, d'âge minimum de responsabilité pénale. Le juge doit apprécier si le jeune mis en cause est capable de discernement, et donc accessible à une sanction. En dessous de 13 ans, cependant, cette sanction ne peut être qu'une mesure éducative. Le mineur ne peut pas être incarcéré. La commission présidée par le juriste André Varinard propose que la loi fixe désormais l'âge minimum de responsabilité pénale à 12 ans. La prison sera dès lors possible, mais seulement en matière criminelle. Les experts proposent aussi un seuil pour permettre l'emprisonnement pour des délits : ce serait 14 ans.
- 26-nov-08 - En réalité, pour nous tous cette affaire est un test. Jusqu'à quelpoint allons-nous accepter que l'antiterrorisme permette n'importequand d'inculper n'importe qui ? Où se situe la limite de la libertéd'expression ? Les lois d'exception adoptées sous prétexte deterrorisme et de sécurité sont-elles compatibles à long terme avec ladémocratie ? Sommes-nous prêts à voir la police et la justice négocierle virage vers un ordre nouveau ? La réponse à ces questions, c'est ànous de la donner, et d'abord en demandant l'arrêt des poursuites etla libération immédiate de celles et ceux qui ont été inculpés pourl'exemple.
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lundi 1 décembre 2008
Cartes postales tsunamiennes agrafées : Harlem sous la pluie.
Dimanche 30 novembre 2008
J'ai passé la journée à Harlem. Ma tante voulait assister à une messe avec des gospels et visiter la Spanish Society. Entre un père franc-maçon et une mère italienne, je suis porteuse de gènes anticléricaux anti-récessifs et prédominants. Une de mes copines italo-canadienne (en Amérique du Nord, les "identités à trait d'union" -hyphenated identities- ne veulent pas dire qu'un parent est canadien et l'autre est italien mais que les deux sont italiens et qu'ils vouent un culte linguistique à leurs racines), donc ma copine banquière dans une banque privée et qui ne sort qu'avec des beaux gars à la peau ébène nous avait donné le numéro de téléphone d'une association de Harlem pour obtenir des renseignements. J'appelle hier matin et une voix me répond : "Ici le QG de campagne de Barack Obama". Mince, je me lance dans des explications confuses sur Madrid et les gospels. Il me dit que je devrais plutôt voir avec la Maison Blanche.
L'humour est la chose la plus difficile à comprendre dans une langue étrangère. J'ai un peu perdu le mien en sortant à 125ème rue, sous une salve d'insultes qui ne nous étaient pas destinés, pour trouver une pluie battante. Antonella m'avait prévenue que toutes les églises baptistes et adventistes étaient alignées comme des marchands de bicyclettes. En guise de magasins, le Starbucks brille du vert de l'espoir d'une boisson chaude à l' abri du vent.
Ma tante veut choisir son église. J'ai toutes mes cartes de crédit et 100 dollars de liquide. Elle mesure un mètre cinquante et la dernière fois qu'elle a fait de la gym c'était avant d'ouvrir son restaurant, il y a deux ans. Je traine des pieds mais j'avance de plus en plus loin du Starbucks. Trois églises plus tard, la messe commence toujours à 11 heures et j'ai déjà des anticorps mais encore les pieds secs. Elle continue son étude comparative. Les enfants sont à la Sunday school. Je n'en peux plus. Je lui donne mon téléphone portable et je lui montre d'une main en tenant le parapluie de l'autre, comment composer le 15 (ici le 911). Rendez-vous dans 90 minutes. De toute façon, si la Vierge existe, qu'elle fasse son boulot.
Je pousse la porte du Starbucks. C'est un refuge à Blancs. Pendant que je commande un thé, je remarque que les mugs et autres objets dérivés sont derrière une vitrine sous clef. Je demande à la serveuse noire laquelle des églises est la mieux en termes de gospels. Elle me répond qu'elle travaille trop et n'a pas le temps d'aller à la messe. Je vais m'asseoir en méditant sur l'éthique du capitalisme. Devant moi, il y a un musulman à la barbe bien taillée en train de lire un journal qui d'après la police de caractères n'est pas le New York Times. A une autre table, une tripotée de touristes blancs, dont une dame avec de hauts talons noirs vernis, un manteau crème et un sac Louis Vuitton- un vrai ? Je ne sais pas faire la différence. Vont-ils tous aux golspels comme ma tante? Je demande la permission de m'asseoir à une jeune fille, une valise en tissu immense, émaciée, en jeans avec un haut de jogging barré des lettres Cal et brodé en-dessous "Berkeley, California". Est-elle étudiante de l'autre côté du pont -le monde vu par une San Franciscaine ? Elle me répond que non, qu'elle attend le bus qui coûte deux dollars pour aller à La Guardia. Comme rien que les péages, il y en a pour 6 dollar dans chaque sens, et que le bus roule sur voie propre, c'est imbattable. Je sors mon Wall Street Journal.
Dix minutes plus tard, un homme blanc en imperméable bleu, marqué "Jesus for Jesus" me demande s'il peut s'asseoir. Je souris et me replonge dans mon article sur "qu'est qu'un chef d'œuvre?", une exposition du Louvre hors du Louvre, à voir à Atlanta. Jesus for Jesus c'est un peu comme « aide-toi, le ciel t'aidera » ? Je lis sur le tableau de Vermeer qui s'appelle "l''Astronome" et comme toujours je cherche la lumière qui vient de la gauche. Je lève le regard et Jesus-for-Jesus ne me demande pas l'heure qu'il est mais ce que je lis. Lui aussi, lit. Il me montre son livre à la couverture élimée: The power of positive thinking (=Le pouvoir de la pensée positive). Je souris. Il me dit que c'est très utile surtout par les temps qui courent et il se lance dans un prêche parsemé d'éléments personnels : il croit à la pureté et donc à l'abstinence avant le mariage, il a 41 ans et il habite dans le Bronx. Il me refait l'histoire du Christianisme depuis l'empereur Constantin. Comme je lui dis que l'église catholique n'est pas ma tasse de thé, c'était celle de mon ex-mari, un vrai con de Républicain; texto sauf "Républicain", il me dit qu'il est 100% d' accord avec moi et qu'il n'est pas religieux, mais spirituel. Je le regarde mieux. J'avais mal lu, c'est "JEWS for Jesus". Il me demande d' où vient mon cute little accent (=mon mignon petit accent) et enchaine sur : est-il vrai que les femmes font toutes du topless en France? Moi, au lieu de m'en débarrasser en lui disant qu'à Paris, les hétéros marchent nus en solidarité le jour de la Gay Pride, je démystifie.
Bon, on n'est pas rendus. Et ma tante qui n'arrive pas. L'homélie se poursuit. J'aurais mieux fait d'aller à la messe. Au moins j'aurais eu les chœurs puisque de toute manière je ne peux pas lire mon Journal. Vous faites quoi dans la vie, pour changer de sujet. Au hasard Balthazar, il est collecteur d'impayés. Les gens pensent que c'est du dix dollars de l'heure mais c'est faux. C'est une profession très lucrative quand on est bon. Et il me récite son code de déontologie pour me convaincre qu'il ne manque ni d'éthique, ni de bonnes manières (« je n'appelle pas les gens à trois heures du matin, c'est interdit ! ») ni de compassion (« I feel for people » -j' ai mal pour les gens) car il est un chrétien com-passionné (sic) par l'argent de son prochain. Je lui demande si cela ne lui pose pas des problèmes moraux d'appeler les gens qui sont dans des situations désespérées pour leur réclamer de payer leurs frais d'hôpital ; surtout que moi qui ais une assurance, on me facturerait un scanner 300 dollars et que le pauvre gars qui n'avait pas les moyens de se payer l'assurance se verra facturer 3000 dollars le même scanner dans le même hôpital. What's wrong with this picture? (=cherchez l'erreur). Il est 100% d' accord avec moi. Dans ces cas-là, il conseille la faillite. Mais, dis-je c'est injuste, leur vie financière est détruite pendant 7 ans. Lui, fait surtout de la collecte pour des cartes de crédit; les gens qui vivent au-dessus de leurs moyens, car vous comprenez Madame que si ces gens vivent gratis, on va vous augmenter le taux sur la vôtre. Alors là, ça m'étonnerait que JP Morgan Chase me retire mon offre de prêt à 0% jusqu'en septembre 2009, car sinon je répondrai à celle qui m'est arrivée la semaine dernière de chez Bank of America et qui m'offre aussi du zéro % jusqu'en janvier 2010. Je crois plutôt que c'est le même gars qui avait une carte à 17% qui va se retrouver à payer son essence et ses courses avec une carte à 27%. Il se lève. Il est d'accord à 0% avec moi : si les gens qui ne payent pas leurs dettes peuvent dormir la nuit et bien c'est tant mieux pour eux, mais ce n'est pas moral, ils volent. Il est onze heures vingt. Il me dit au revoir.
Les touristes blancs qui attendent leur bus agrégés autour de la table d'à côté me sourient. "We were fascinated by his raincoat" (=nous étions captivés par son imperméable). L'un deux me demande avec un accent irlandais s'il peut prendre la chaise. A condition qu'il ne me parle pas de Jésus, je serai charitable. Il soulève son col et me montre son marcel de prête défroqué.
L'humour est la chose la plus difficile à comprendre dans une langue étrangère. Son voisin me demande si je voudrais une carte de crédit à 50%, par les temps qui courent. 50% de réduction? Il éclate de rire.
Ma tante arrive cinq minutes après qu'un homeless soit entré faire la manche. Je ne donne pas de pièces mais j'ai du chocolat. Je range mon Journal.
Nous voilà dehors, lançant des implorations au ciel et des SOS aux Yellow Cabs. Harlem est bien relié à Manhattan, et au Bronx par des lignes de métro verticales mais il n'y a pas une seule ligne transversale. Le vent froid me gifle. Je lorgne un taxi, comme un évadé une banque. Ils sont rares et pleins.
Béni soit le chauffeur qui nous a recueillies à l'angle du boulevard Malcom X. Je donne l'adresse. Ma tante est enchantée de sa matinée. Mille personnes, toutes sur leur 31, la traduction en langue des signes, les chansons, l'homélie, le voyage organisé à Washington le week-end du 20 janvier. Je lui parle de mon Jesus-for-Jesus pendant que nous passons d'Ouest en Est et que nous remontons 30 pâtés de maison. Elle exulte. Mises à part l'absence de commerce et les modèles de voitures, il est difficile de se rendre compte qu'on est dans un quartier défavorisé. Les immeubles en brique blanche ressemblent à d'autres en brique rouge qui bordent Central Park ou Brooklyn.
Nous débouchons sur Broadway, à l'opposée de Times Square, avec son Nasdaq et le soleil des panneaux publicitaires, même la nuit ; nous sommes 100 blocs plus haut. La pluie se déverse à grand seaux, le pare-brise gesticule comme un chien qui reconnaît Ulysse. Le chauffeur nous dépose, à l'angle de trois fast-foods, devant un palais ceint de grilles et de portes sculptées.
Personne. Ma tante propose de voir s'il y a une autre entrée. Nous descendons vers le fleuve. Désormais le Hudson coule dans mes chaussures aussi. Il n'y a pas de trace d'une plaque avec les horaires. Nous continuons le tour du palace. Vraiment, les maisons sont assez belles. Je découvre avec soulagement une église. La dame à l'accueil me dit d'aller sonner chez le gardien.
La Spanish Society ouvre à 13h00 le dimanche. J'étais prête à me rabattre sur le Subway –je ne parle de repartir sans ma tante, Subway c'est la moins mauvaise des marques de restauration rapide-, mais finalement la boulangerie "Dulce despertar" ("Au doux réveil") m'a sauvée des eaux. Ma tante a échangé des recettes avec la dame d'Ecuador. Grâce à la chaine TeleGOL et à la soupe de platanes verts, j'ai pu éviter de finir de très mauvaise humeur.
Derrière la porte, une sélection du Néolithique à Goya en passant par la statuaire de l' Age d' Or, les carrelages mauresques et la plus importante collection de peintures hors d' Espagne de l'impressionniste Joaquín Sorolla, qui, quand il ne faisait pas le portrait de ses mécènes peignait la paysannerie qui peine, la veuve du pêcheur noyé et les prostituées.
Et Harlem sous la neige, c'est comment ?
Gabrielle Durana
En vacances à New York, USA
Publié par
Jérome
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dimanche 23 novembre 2008
Chroniques du tsunami financier: un autre astéroïde ? (42ème épisode)
22 novembre 2008
Je crois que l'astéroïde est tombé sans que je l'aie remarqué. Les pataphysiciens de la finance l'ont trouvé mercredi pendant que j'étais allée faire du tourisme universitaire à Berkeley. Ils l'ont repéré dans leur télescope, il arrive, il s'appelle les CMBS. Moi, du haut du Campanile, qui avant de devenir une chaine d'hôtellerie bon marché était et demeure une tour adjacente à une église servant de clocher, ici une réplique de celui de la cathédrale de Venise (http://berkeley.edu/visitors/campanile.html), j admirai l'horrible fac d'archi, le nouveau bâtiment de physique et le laboratoire d'études spatiales juché sur les collines, les cinq piscines à ciel ouvert, le stade, très important le stade, nous sommes aux Etats-Unis.
Certes, ce n'est pas comme si vous allumiez CNN et que l'annonce du tsunami s'affichait avec des flashs tous les quarts d'heure. Mais telle Léon Zitrone annonçant les pronostics d'une course le lendemain des résultats, je suis énervée : c'est la deuxième fois que cela me prend plusieurs jours avant de réaliser que quelque chose de grave mais de complexe est arrivé.
Lors de la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre, le mécanisme de transmission au reste du système financier fut le suivant : un gros fonds de placement (money market fund) avait investi dans des effets de commerce à court terme (commercial paper) émis par Lehman Brothers. Les MMF sont des comptes offerts aux clients comme vous et moi. Ils sont totalement liquides et rapportent un tout petit peu. A cause des investissements malheureux, soudain la rentabilité du fond devint négative. En anglais, on dit « they broke the buck ». A buck c'est le mot d'argot pour un dollar. L'expression veut dire que quand vous aviez mis un dollar sur le fond, maintenant vous aviez moins d'un dollar. Les gens se précipitèrent pour retirer leur argent. Les autres fonds voulant se protéger de pertes comparables arrêtèrent d'acheter des billets de trésorerie. Les banques d'investissement, les grandes entreprises qui se finançaient au jour le jour, ou de semaine en semaine, en émettant des effets de commerce n'eurent plus à qui les vendre. Que firent-elles ? Elles avaient des découverts autorisés (credit line) qu'elles se s'empressèrent d'utiliser pour être sures d'avoir de la trésorerie. Les banques qui avaient accordé ces facilités de caisse par temps fastes ne pouvaient pas se refinancer non plus auprès des collègues, car tout le monde s'accrochait à son cash. Le marché interbancaire s'arrêta de fonctionner. En l'espace d'une semaine, Le credit crunch avait congelé le système financier, sans fracas.
En août 2007, la crise éclate lorsque les CDO, les Collateralized Debt Obligations, ces titres fabriqués avec des mélanges de morceaux de prêts immobiliers subprimes cessent de rapporter parce que les emprunteurs ne peuvent plus rembourser. Ce fut comme une pluie de météorites qui commença à bruiner sur Wall Street.
Depuis mardi, l'immobilier commercial donne des soucis. Ce n'est pas tellement étonnant. En 1993, mon petit ami de l'époque avait une chambre de bonne rue des Pyramides à Paris. Pendant les années de la « croissance retrouvée » le quartier de l'Opéra s'était vidé de ses habitants, les grands appartements avaient été transformés en bureaux chics. A présent toutes les façades arboraient des panneaux « à vendre, à louer » à plusieurs étages. En allant payer la taxe d'habitation rue Saint Hyacinthe, le précepteur nous avait identifié par nos noms et prénoms. Etonnés de notre étonnement, il nous avait expliqué que son secteur ne comptait plus que 400 contribuables. Quand l'économie entre en crise, les bureaux se vident, les centres commerciaux ne font plus recette, les gens partent moins en vacances. Les entreprises ne peuvent plus rembourser les emprunts qu'elles avaient contractés pour aménager les centres commerciaux, les buildings ou leur parc hôtelier. Ces emprunts aussi avaient été mélangés comme des feuilles de salade, puis déchirés et servis dans des petits bols. Ils portent le nom de Commercial-Mortgage-Backed-Securities (CMBS) ou titres adossés à des créances hypothécaires commerciales.
Il faut bien comprendre que le principe de la titrisation n'est pas toxique en soi. Les CDO sont devenus toxiques parce qu'ils étaient adossés à des emprunts contractés par des débiteurs qui n'avaient pas les moyens de rembourser (subprimes). Mais en soi, la titrisation est un mécanisme qui permet aux banques de continuer à prêter et aux investisseurs institutionnels (fonds de pension, grandes compagnies d'assurances) de s'assurer des revenus au lieu d'avoir de l'argent qui prend la poussière. Le problème dans l'immobilier commercial n'est pas que les débiteurs n'étaient pas dignes de foi, mais que la crise économique est en train de les rendre insolvables.
Pour l' instant le taux de défaillance est très faible : 0,64% mais il a doublé en octobre par rapport à fin 2007, où il s'établissait à 0,39%. Ce qui inquiète c'est que des emprunts de qualité supérieure développent des moisissures. Devinez qui avait fabriqué les jolis tiramisus ? Tenez, je vous emmène au Bistro.
JP Morgan avait pré-packagé les deux emprunts qui posent problème en CMBS. Le premier tiramisu d'un montant de 209 millions de $ portait sur deux hôtels de luxe, un Westin dans la ville de Tucson dans l'Arizona et un village de vacances Hilton en Caroline du Sud. Le deuxième s'élevait à 124 millions de $ et concernait un centre commercial en Californie du Sud dans la région de San Bernardino. Malheureusement, la conjoncture s'est retournée. Les taux d'occupation sont plus faibles qu'escompté. Les emprunteurs ne trouvent pas à se refinancer pour cause de crédit crunch. Après les météorites des subprimes, l'astéroïde de Lehman Brothers, le credit crunch, le develaraging, les pleurs des constructeurs automobiles pour 25 milliards, tombe la grêle des CMBS. Il y en a pour 0,8 trillion.
Pendant dix jours, la chronique s'interrompt car je pars à New York, fêter Thanksgiving. Je suis sure que le tsunami sera encore là à mon retour. Reprise le 3 décembre.
Gabrielle Durana
San Francisco, Etats-Unis
Publié par
Jérome
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