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jeudi 30 novembre 2006

Ségolène à Beyrouth - Sarkozy candidat


En allant au moyen-orient, en cela il n'y a aucun doute, Ségolène a su laisser son concurrent Nicolas Sarkozy, se dépétrer avec les conscéquences de ses bévues médiatiques. Les primaires socialistes ont de fait réussies à destabiliser l'adversaire, le laissant complêtement dépassé à la fois dans ses méthodes, dans ses formes, dans son autocratie et dans son timing.

De plus il faut reconnaître à Ségolène, qu'en marge d'avoir su ajuster un timing parfait, existe en elle un certain courage n'en déplaise à son concurrent. En cela elle nous rappelle Mitterrand.

Beyrouth le 30/11/2006, cet l'après midi



La candidate socialiste à la présidentielle française Ségolène Royal et le leader druze anti-syrien Walid Joumblatt, le 30 novembre 2006 à Beyrouth







Amine Gemayel, ancien président libanais et père du ministre assassiné; et Ségolène Royal, candidate à la présidentielle française, le 30 novembre 2006 à Beyrouth







L'Orient-Le Jour

Sur un autre plan, le président français a assuré que l’ambassade de France à Beyrouth veillera « à la sécurité et au bon déroulement » de
la visite aujourd’hui au Liban de la candidate socialiste à la présidentielle, Ségolène Royal, comme elle le fait pour tous les élus.M. Chirac n’a pas voulu faire un « commentaire spécial » sur cette visite. Mais il a affirmé que « pour tout élu et pour tout président de région, cela va de soi, nos postes diplomatiques et consulaires ont pour vocation, pour mission de veiller à la sécurité et au bon déroulement de ces visites ». « Nos postes sont à la disposition des élus responsables », a-t-il ajouté.

http://www.lorientlejour.com/page.aspx?page=article&id=328067

Le nouvel Obs



Ségolène Royal rendra visite aux Casques bleus de la Finul vendredi, lors de sa visite au Liban qui commence jeudi et se prolongera en Israël et dans les Territoires palestiniens, a-t-on appris mercredi 29 novembre de son service de presse."Elle rendra visite à la Finul vendredi, et rencontrera le même jour la famille Gemayel", a indiqué une attachée de presse de la candidate socialiste.



http://permanent.nouvelobs.com/cgi/mail/qobs_test?rub=politique&cle=20061129.OBS0797&date=2006.1130


Libération


«I l n'a plus la magie...» . Ce verdict d'un communicant résume le pataquès dans lequel s'est englué Nicolas Sarkozy au moment de déclarer sa candidature. A force de se torturer les méninges quant à la forme et de promettre une «surprise», le patron de l'UMP s'est pris les pieds dans le tapis. Lui qui ne se régale jamais autant que lorsqu'il se sait au centre des caméras s'est fait «outer» par Libération sur le site liberation. fr, après avoir voulu réserver la primeur d'un entretien à une poignée de journaux régionaux. Double bide : la nouvelle n'en est pas une, et la vraie-fausse exclusivité mécontente les journaux qui en ont été privés.


http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/220261.FR.php

La «surprise» annoncée avec tambour et trompette par Nicolas Sarkozy a fait «pschitt». L'annonce de sa candidature concoctée depuis des semaines dans le plus grand secret s'est soldée par un gros cafouillage. Dès hier autour de 18 heures, le site Internet de Libération publiait en exclusivité l'interview que le patron de l'UMP réservait pour ce matin à l'ensemble des journaux de la presse quotidienne régionale. Dans son entretien, le ministre de l'Intérieur met fin au faux suspense. «C'est le choix d'une vie», explique-t-il, ajoutant, culotté, que la décision n'était pour lui «pas évidente» à prendre.

http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/220262.FR.php



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Quel avenir pour le Moyen-Orient ?

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Quel avenir pour le Moyen-Orient ?
L'analyse de Joschka Fischer, ancien ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier allemand de 1998 à 2005
Par Joschka FISCHER*

La situation politique et les problèmes de sécurité sont extrêmement préoccupants dans la vaste région comprise entre la vallée de l'Indus et la rive est de la Méditerranée. Quand les USA sont intervenus militairement en Irak en 1991, leur objectif était d'entraîner un changement radical dans toute cette région. Aujourd'hui, il est clair que pour l'essentiel ils n'y sont pas parvenus, quel que soit le domaine considéré. Et même un succès, la tenue d'élections libres en Irak, menace de diviser le pays, plutôt que de l'unifier.





Les relations de pouvoir au Moyen-Orient sont instables, en transformation constante, ce qui n'entraîne pas un effet de dominos vers la démocratisation, mais soulève la menace d'une chute en dominos vers le chaos.
En 1991, la décision de partir en guerre contre l'Irak pour libérer le Koweït a marqué le début du rôle de l'Amérique comme seul pouvoir militaire hégémonique dans la région. La décision de mener la guerre contre l'Irak pour une deuxième fois et d'occuper le pays en mars 2003 a transformé cette hégémonie en responsabilité directe des USA quant à l'avenir du Moyen-Orient.
Le positionnement des USA comme acteur principal au Moyen-Orient pouvait déboucher sur deux scénarios différents. S'ils réussissaient en utilisant leur puissance militaire, cela pouvait conduire à un nouveau Moyen-Orient, démocratique, mais si en dépit de leur force militaire ils échouaient, cela pouvait entraîner un vide de pouvoir déstabilisateur pour la région. C'est ce deuxième scénario, prévisible depuis le début, qui est devenu une réalité.
L'objectif même de la guerre en Irak s'est transformé d'une mission de démocratisation à une mission de stabilisation très coûteuse en termes de vies humaines et de moyens financiers. À la place d'un réaménagement radical des relations entre les pouvoirs dans la région, l'objectif se réduit maintenant à maintenir le statu quo.
Au mieux, les USA peuvent maintenant espérer un retrait qui leur sauverait la face. Le récent scrutin aux USA était un référendum sur la guerre en Irak. Le résultat conduit à un calendrier vers « l'irakisation » et à un retrait américain avant la prochaine élection présidentielle.
Derrière la trop prévisible fin de la mission américaine de stabilisation en Irak, se profile une guerre civile qui menace de se transformer en guerre entre Arabes et Iraniens par milices interposées, avec pour enjeu le contrôle de l'Irak, du Golfe, du Liban, des territoires palestiniens et au-delà. Il faut aussi prendre en compte le risque important présenté par le vide de pouvoir en Irak qui pourrait fusionner le conflit israélo-arabe, la situation en Irak et en Afghanistan en une mégacrise régionale.
À la lumière du retrait américain à venir, les pouvoirs régionaux réévaluent leurs intérêts et leurs objectifs. Les principaux acteurs seront l'Iran, la Syrie, l'Arabie saoudite, l'Égypte, la Jordanie, le Pakistan, la Turquie et Israël. Avec la guerre en Irak, les USA ont perdu leur position de pouvoir unilatéral, ceci tant au Moyen-Orient qu'ailleurs. Dans l'avenir, plusieurs grandes puissances se manifesteront au Moyen-Orient, notamment les USA, la Russie, la Chine et l'Inde. Espérons que l'Europe sera de la partie, car sa sécurité se joue dans cette région.
L'enjeu n'est plus seulement l'Irak, mais l'avenir de toute la région. Nous pourrons nous estimer heureux si le chaos naissant peut être limité à l'Irak.
La reconnaissance par Washington que l'Irak ne peut plus être gagné ni même stabilisé sans un changement de structure au niveau de toute la région est venue très tard, peut-être même trop tard. Les USA devront trouver un accord avec leurs alliés et entamer des pourparlers directs avec tous les autres acteurs pour essayer de parvenir à un nouveau consensus régional. Si ce changement de politique avait eu lieu il y a un an ou même au début de l'été dernier, les perspectives auraient été meilleures. Avec chaque jour qui passe, la position américaine dans la région s'affaiblit encore et les chances de réussite d'une nouvelle stratégie politique s'éloignent.
Le plus grand danger vient de l'Iran, le premier bénéficiaire du vide de pouvoir en Irak. L'Iran a des ambitions hégémoniques qu'il cherche à réaliser en s'appuyant sur son potentiel militaire, ses réserves en pétrole et en gaz, son programme nucléaire, son influence sur les chiites dans toute la région et ses tentatives pour mettre fin au statu quo dans le monde arabo-musulman. Néanmoins, ce pays est relativement isolé. Ses seuls alliés dans la région sont la Syrie et le Hezbollah. D'autre part, il est menacé par une coalition anti-iranienne de facto de tous les autres pouvoirs régionaux rassemblés par leur crainte d'une domination iranienne.
Si l'Occident – l'Amérique et l'Europe – agissent rapidement et résolument dans le cadre d'une stratégie conjointe, il reste une chance de stabiliser la situation. Mais pour y parvenir, il sera nécessaire de réexaminer les relations avec les principaux acteurs de la région. Cela passe par une stratégie basée sur des moyens de nature politique et non sur une menace d'intervention militaire ou de changement de régime. À la place, il faut des négociations directes, des garanties de sécurité et une aide à l'intégration politique et économique. Pour réussir, cette stratégie nécessite aussi le recours à une menace réaliste d'isolation envers ceux qui continuent à miner la stabilité régionale, ainsi que des progrès substantiels dans la résolution du conflit israélo-arabe.
Une nouvelle politique moyen-orientale doit donc privilégier quatre éléments : 1) une offre globale à la Syrie pour la détacher de l'Iran et la résolution des points de friction ; 2) une offre de négociations directes à l'Iran portant sur une perspective de normalisation complète des relations ; 3) une initiative décisive et réaliste pour résoudre le conflit israélo-arabe ; 4) une architecture de sécurité régionale centrée sur la stabilisation de l'Irak et de l'Afghanistan.

* Joschka Fischer a été ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier allemand de 1998 à 2005. Chef de file du parti des Verts pendant presque 20 ans, il enseigne actuellement à la Woodrow Wilson School de l'Université de Princeton.

© Project Syndicate/Institute of Human Sciences, 2006. Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz.


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mercredi 29 novembre 2006

Chevènement attaque Sarkozy, critique le PS et ménage Royal

On peut voir que J.P. Chevènement n'est pas insensible à une partie des arguments de Ségolène. Certaines parties de l'argumentaire de Ségolène rejoignent des valeurs propres des socialistes antérieures à mai 1968, et sont en fait très proche de J.P. Chevènement. Si le PS arrive à conclure un accord avec le MRC sur les candidatures aux législatives, un premier pas vers une unité de la gauche au premier tour aura été franchie et l'emiettement des forces de gauche de pouvoir contenu.



PARIS (Reuters) - Jean-Pierre Chevènement, candidat du Mouvement républicain et citoyen (MRC) à l'élection présidentiel de 2007, a de nouveau attaqué le probable candidat de l'UMP, Nicolas Sarkozy, et critiqué le Parti socialiste tout en ménageant sa candidate.
"Qu'il soit clair que je me suis présenté contre Nicolas Sarkozy, parce qu'il diviserait gravement le pays s'il était élu et qu'il n'y a rien de bon à attendre d'une thérapie de choc libérale", a déclaré l'ancien ministre de l'Intérieur et de la Défense lors d'un meeting au gymnase Japy, dans le XIe arrondissement de Paris.
"Je ne me suis donc pas présenté contre Ségolène Royal", a ajouté Jean-Pierre Chevènement, qui avait obtenu 5,3% des voix au premier tour de l'élection présidentielle de 2002.
"Je vous mets en garde contre la tentation de faire chorus avec ceux qui se sont toujours trompés et qui croient au virage à droite du PS depuis que Ségolène Royal a été désignée", a-t-il déclaré.
L'ancien défenseur du "non" au traité constitutionnel européen s'est réjoui que la candidat socialiste ait déclaré que ce projet était "caduc" et qu'il fallait "faire l'Europe par la preuve". "Cette formulation rationaliste ne saurait nous déplaire", a-t-il dit.
"Ségolène Royal s'est mise à l'écoute. Espérons qu'elle entendra la voix des sans-voix, de ceux que le système prive de toute capacité d'expression pour protester contre le sort injuste qui leur est fait", a ajouté Jean-Pierre Chevènement.
Le président d'honneur du MRC a été plus sévère envers le PS et son projet pour 2007.
"Cet été encore, je privilégiais, pour faire obstacle à Nicolas Sarkozy (...), un accord politique avec le Parti socialiste. Puis j'ai pris connaissance dans le détail du projet du PS et j'en ai conçu de fortes inquiétudes pour l'avenir de notre pays", a-t-il expliqué.
Sur la sécurité et l'école, le PS "est encore très loin d'être au clair avec lui même", a-t-il estimé, jugeant le projet "pas clair sur la manière de relancer l'économie ni de relancer l'Europe" et les propositions sur les institutions "dangereuses".



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lundi 27 novembre 2006

Voynet soulagée du retrait de Bové

NOUVELOBS.COM 27.11.06 09:54

"Le fait qu'il prenne du recul est extrêmement intéressant, et j'espère le voir bientôt pour discuter avec lui" ajoute la sénatrice.

Dominique Voynet, candidate des Verts à l'élection présidentielle, s'est déclarée dimanche 27 novembre "soulagée" par le retrait de José Bové de la course à l'investiture anti-libérale pour 2007, indiquant qu'elle espérait le voir "bientôt".
"Je suis soulagée", a déclaré Dominique Voynet lors du Grand Jury de RTL-LCI-Le Figaro. "Pas seulement pour des raisons électorales, mais aussi parce que je trouve que José Bové (...) avait donné l'impression dans la dernière période de privilégier le regard dans le rétroviseur".
"Je ne crois pas pour ma part que le fait de réunir des forces qui ne sont à peu près d'accord sur rien d'autre que sur le fait d'avoir voté non au référendum sur (la constitution européenne) il y a plus d'un an, ait été très constructif pour l'avenir", a-t-elle ajouté.


http://permanent.nouvelobs.com/politique/20061127.OBS0491.html


En cela je trouve que Dominique Voynet a entièrement raison. Il était temps pour lui de mettre un terme à cette erreur d'objectif. Sa singularité plus que l'anti liberalisme est l'alter-mondialisme et l'écologie. Il est plus util pour le progrès, et la prise de conscience de certaines idées dans cette posture traditionnelle. Son passage dans les rangs de l'anti-libéralisme lui aura permis sans-doute d'entrevoir les limites de la dynamique existante au sein de l'extrème gauche non écologiste.


Son, espérons-le, repositionnement dans son spectre traditionnel dans l'échiquier politique de l'extrème gauche, peut permettre la création d'un pôle de discussion et de pression, d'écologie et d'écologie politique avec qui les partis de gouvernement devront sinon dialoguer, tout au moins vers lesquels ils devront s'ouvrir.


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samedi 25 novembre 2006

Ségolène Royal assure que sa première loi serait consacrée aux violences faites aux femmes

Sa première loi sera pour les femmes et en particulier pour les violences qu'elles subissent. La France maintient depuis des années un parfait silence sur un thème qui parce que les médias n'en parlent pas, ne signifie pas que le problème n'existe pas. Il n'existe auncune statistique valable sur la situation actuelle.


Il ne pouvait pas en être autrement pour quiconque a eu l'occasion d'assister à un forum, une rencontre, un meeting ou Ségolène Royal intervenait, et ce sujet était abordé. Face à cette honte de notre société, on trouve une Ségolène impliquée, motivée, d'une force de conviction poignante.

J'eus l'occasion d'assister aux conférences politique 2006 du PSOE et ai pu mesurer cette force de conviction ainsi que celle de la vice-présidente Maria Theresa Fernandez de la Vega (très grande femme).

http://conferencia2006.psoe.es/index.igw?item=2210&lang=es_ES

Mais cette force qui émanait d'elle n'était rien en comparaison de celle qu'on pu saisir lors du dernier meeting électoral à Paris, juste avant les primaires.

Il ne pouvait donc en être autrement, son action politique sera en accord avec cette conviction, celle de la réelle égalité des femmes.

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vendredi 24 novembre 2006

Inscription sur les listes électorales. Français à l'étranger

Comme vous le savez certainement, les jeunes Français résidant à l'étranger qui deviendront majeurs cette année ou au plus tard le dernier jour de février 2007 peuvent demander leur inscription sur la liste électorale consulaire, ou s'ils sont déjà inscrits au registre des Français établis hors de France ils recevront une lettre annonçant, sauf opposition de leur part au plus tard le dernier jour ouvrable de l’année, qu'ils seront automatiquement inscrits. (Voir ici pour plus de détails : http://minilien.com/?T31zkiLU7N )

En ce qui concerne ceux qui deviendront majeurs entre le 1er mars 2007 et le jour de l'élection, le code électoral (articles L30 à L33) prévoit qu'ils peuvent être inscrits sur les listes électorales en dehors des périodes de révision par une demande adressée au tribunal d'instance du 1er arrondissement de Paris (4 Place du Louvre 75001 PARIS).
Selon M. Serge Mucetti, Sous-Directeur de l'administration des Français du MAE, ces demandes peuvent être adressées directement au tribunal ou déposées aux consulats qui transmettent alors au tribunal via la Direction des Français à l'étranger du MAE (ce qui implique donc des délais plus longs, en sachant que le tribunal doit recevoir les demandes au plus tard dix jours avant le scrutin).

Il faut savoir que cette procédure est également valable pour les Françaises et Français qui ont acquis la nationalité française après la clôture des délais d'inscription.

Amicalement,

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Monique Cerisier-ben Guiga & Richard Yung
Sénateurs représentant les Français établis hors de France
Palais du Luxembourg - 75291 PARIS Cedex 06
http://www.senateursdesfrancaisdumonde.net/

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Liban - Les grandes familles

Pour avoir une base de réflexion:

L'Express du 07/03/2005
de notre envoyée spéciale Dominique Lagarde avec Scarlett Haddad

Traditionnellement, au pays du Cèdre, le pouvoir se transmet de père en fils. Même si la guerre leur a fait perdre une partie de leur influence, les grandes familles libanaises restent très présentes dans la vie politique du pays

Il n'y a pas que Walid Joumblatt. Traditionnellement, au Liban, le pouvoir politique se transmet, d'une génération à l'autre, par les lignées familiales. Il en a longtemps été ainsi dans les féodalités chiites de la Bekaa et du Sud, dans les seigneuries chrétiennes ou druzes de la montagne, chez les grands notables des villes sunnites. Au point qu'entre 1920, l'année de naissance de l'Etat libanais, et 1975, 26 familles monopolisent à elles seules le tiers des sièges de députés, avec une continuité sans faille. Aujourd'hui encore, on hérite souvent, de père en fils, des sièges de députés et des présidences des partis. Mais quinze années de guerre - les combats ont commencé il y a tout juste trente ans, le 13 avril 1975, et pris fin en 1990, après la signature des accords de Taef, en novembre 1989 - ont en partie cassé cette dynamique familiale. «Les milices, souligne le politologue Joseph Bahout, ont fonctionné comme des appareils de mobilité sociale pour les enfants des classes moyennes, même lorsque leurs chefs étaient issus de grandes familles. Elles ont permis l'émergence de nouvelles élites qui se sont alliées aux anciens notables.» La situation est en réalité très contrastée d'une communauté à l'autre. Chez les druzes, Walid Joumblatt reste donc le chef incontesté. Un autre clan a su garder son fief: celui des Frangié, maronites du Nord- Liban traditionnellement proches de la Syrie. Les autres familles politiques maronites sont en perte de vitesse. «Les chrétiens, poursuit Joseph Bahout, ont perçu la fin de la guerre comme une défaite. Contrairement à ce qui s'est passé chez les chiites, les sans-culottes, que la guerre avait promus, ont été écartés au profit des seconds couteaux des grandes familles. Mais ceux-ci n'arrivent pas à rétablir une légitimité de substitution.» Moins influentes qu'elles ne l'ont été, ces grandes familles n'en continuent pas moins à rassembler, souvent au niveau local, des partisans et une clientèle. Toutes ou presque brigueront un ou plusieurs sièges lors des prochaines élections législatives.
La population chiite voyait d'un mauvais oeil le Sud-Liban se transformer en «Fatahland»





Les familles politiques sunnites ont, elles aussi, vu leur influence s'effriter depuis la fin de la guerre. D'abord, sans doute, parce qu'il n'y a jamais eu de milice sunnite, si l'on excepte celle, nassérienne et assez marginale, du groupe al-Mourabitoun. Ensuite, parce que les grands zaïms (notables) sunnites de Tripoli, Saïda ou Beyrouth ne faisaient, ces dernières années, plus le poids face au «bulldozer Hariri». Mais les Karamé, les Salam ou les Solh n'en continuent pas moins à fournir ministres et députés.

Chez les chiites, enfin, les grandes familles féodales du Sud et de la Bekaa - Zein, Osseirane, Hamadé, Khalil, Asaad - ont été laminées dès le début de la guerre. La communauté chiite est la seule qui ait aboli le «familialisme» au profit d'une expression politique moderne que se disputent deux partis: le mouvement Amal, dirigé par Nabih Berri, et le Hezbollah (Parti de Dieu). Dans les années 1960 et 1970, les chiites, déçus par le féodalisme, ont été nombreux à se tourner vers les partis d'extrême gauche tels que le Parti communiste ou l'Organisation action communiste libanaise. Puis ils s'en sont éloignés, notamment parce que ces formations ont très vite fait cause commune avec les Palestiniens, alors que la population chiite voyait d'un mauvais œil le Sud-Liban se transformer en «Fatahland». En 1975, l'imam Moussa Sadr crée, avec le soutien de la Syrie, alors opposée aux Palestiniens, le Mouvement des déshérités, premier parti chiite. Amal est sa milice. Le Hezbollah naît au début des années 1980. Ces deux formations dominent aujourd'hui la scène politique de la communauté. Nabih Berri, qui préside le Parlement libanais - le poste est traditionnellement réservé à un chiite - et continue à diriger le mouvement Amal, s'est parfaitement coulé dans le moule. Au point de chercher à propulser son fils à la tête du parti…

Gemayel
Les descendants de cheikh Pierre

Chez les Gemayel, il y eut Pierre, puis ses fils Béchir et Amine. C'est aujourd'hui un autre Pierre, le fils d'Amine, qui reprend le flambeau. En attendant, peut-être, le fils de Béchir, Nadim.

Né en 1905, Pierre Gemayel est issu d'une famille de notables de Bikfaya. Les bons pères, chez qui il fait ses études dans les années 1920, en font un chrétien pratiquant, un pharmacien - il installe son officine place des Canons - et un sportif. En 1936, il se rend à Berlin pour les Jeux olympiques. Et il est fasciné par ce qu'il voit: l'organisation des jeux, le sens de l'ordre des jeunesses allemandes du parti nazi. A son retour, il fonde le parti Kataëb, ou parti des Phalanges, avec d'autres jeunes chrétiens du Liban, dont Charles Hélou, futur chef de l'Etat, ou Georges Naccache, propriétaire du journal L'Orient-Le Jour. Il demeurera durant près d'un demi-siècle à sa tête jusqu'à sa mort, en août 1984. La première guerre du Liban de 1958 - qui préfigure celle de 1975 - va faire de lui l'un des hommes clefs de la scène politique. Il devient cette année-là l'un des quatre ministres du cabinet de salut public. A partir de 1968, il voit d'un très mauvais œil les Palestiniens s'installer de plus en plus nombreux au Liban. Ils vont devenir son obsession. Il dote son parti d'une milice et s'allie - très provisoirement - à Damas contre l'OLP. A l'inverse des autres grands leaders politiques de l'époque, Pierre Gemayel n'a pas reçu la puissance en héritage. Il s'est construit et taillé son fief. Mais, comme les autres, il va installer sa descendance. Et d'abord Béchir, son fils cadet.

Celui-ci a 11 ans, en 1958, lorsqu'il est enrôlé dans les milices phalangistes de son père. Il en prend le commandement dès les premières fusillades qui marquent le début de la guerre civile. Chef de bande, il est de tous les coups, sur toutes les barricades. Il va faire des Kataëb le noyau d'une véritable armée chrétienne - les Forces libanaises - en les intégrant sous commandement unifié, de gré ou de force. Au plus fort de leur histoire, les Forces libanaises disposeront de quelque 6 000 hommes en armes et 20 000 mobilisables. Il leur adjoint notamment un service de renseignements, des juristes, des économistes, des ingénieurs, des informaticiens, ou encore des éducateurs. A la tête de ce qui est devenu un véritable Etat dans l'Etat, il devient l'homme fort du Liban chrétien. Les jeunes chrétiens s'identifient à sa personne. Ils voient en lui le sauveur du Liban maronite face aux vieux féodaux. Elu président en 1982, il est assassiné lors d'un attentat contre le quartier général des Phalanges avant même d'avoir pu prendre ses fonctions, au faîte de sa gloire. Son frère aîné, Amine, est alors propulsé en catastrophe à la présidence. Mais il n'a ni son charisme ni les mêmes opinions. Avant son élection, la principale occupation de cet avocat au barreau de Beyrouth consistait à faire fructifier ses finances. Après son accession au pouvoir, il se brouille rapidement avec Walid Joumblatt et Nabih Berri, les chefs druze et chiite récupérés par la Syrie, qui opère un retour en force. Il restera néanmoins président du Liban jusqu'en 1988. Il s'installe en-suite en France.

Après une traversée du désert, les Gemayel amorcent aujourd'hui un retour remarqué au sein de l' «opposition plurielle». Mais le clan est divisé: une rivalité discrète oppose l'ancien président de la République Amine Gemayel et son fils Pierre à Solange Gemayel, l'épouse de Béchir, qui prépare son fils Nadim - actuellement âgé de 22 ans, très présent ces jours-ci sur la place des Martyrs - à reprendre le flambeau. En 1988, le jeune Pierre avait suivi Amine Gemayel dans son exil parisien. Quatre ans plus tard, il était de retour avec deux objectifs: retrouver le siège de député de son père et de son grand-père dans le Metn, région d'origine de la famille, et récupérer le parti Kataëb. Pour l'heure, seul le premier objectif est atteint - il est même, à la chambre, l'un des jeunes députés les plus actifs. Reste le parti. De toutes les familles politiques libanaises, les Gemayel sont les seuls à avoir perdu la formation politique qu'ils ont fondée. D'OPA en OPA, celle-ci est aujourd'hui présidée par Karim Pakradouni, qui fut autrefois l'un des plus proches conseillers de Béchir Gemayel, et s'est depuis éloigné du clan. «Nous sommes attachés à l'histoire de ce parti, c'est mon grand-père qui l'a créé, il fait partie de nous, c'est un héritage familial et politique», martèle Pierre. «Il faut que le parti Kataëb retrouve son âme et son rôle», renchérit Amine, qu'il accuse d'être devenu «un syndic inféodé à la Syrie». En attendant de parvenir à ses fins, Pierre a créé le Mouvement réformiste des Kataëb. Et gardé le drapeau.


Lahoud
Des notables maronites du mont Liban

Originaires de Baabdate, un village verdoyant du Metn, les Lahoud sont une grande famille de notables ancrée dans ce coin de la montagne maronite. Depuis plus de trois générations, ils occupent la scène politique et militaire libanaise, mais n'ont jamais fondé de parti politique ou de milice. La famille, très nationaliste, a toujours été attachée à l'ancrage arabe du Liban. Des principes dans lesquels le président Emile Lahoud affirme aujourd'hui inscrire son action.`

Jamil Lahoud, père de l'actuel président, s'était enrôlé au sein de l'armée alors que celle-ci en était à ses premiers balbutiements. En 1941, avec d'autres officiers, dont le futur président Fouad Chéhab, il fut à l'origine d'un mouvement d'officiers en faveur de l'indépendance du Liban. Commandant de la place de Beyrouth en 1958, il avait refusé de lancer ses troupes au service de l'un ou l'autre des camps qui se battaient alors dans la rue, malgré les promesses de promotion qui lui avaient été faites à cette occasion. Deux ans plus tard, il quittait l'armée pour se lancer dans la vie politique. Il sera à plusieurs reprises député et ministre.

Jamil Lahoud avait été précédé, sur la scène politique libanaise, par un autre Lahoud, Emile, oncle et parrain de l'actuel chef de l'Etat, membre de plusieurs gouvernements dans les premières années de l'indépendance. C'est après la mort de celui-ci - il a été emporté à 52 ans par une crise cardiaque - que des rivalités ont commencé à apparaître entre les différentes branches de la famille. Ces dissensions seront ensuite régulièrement attisées par les différentes forces politiques qui se disputent la collaboration d'une famille respectée, dont l'influence reste grande.

Il est arrivé, à plusieurs reprises, que les Lahoud se trouvent dans des camps opposés. Il en est encore ainsi aujourd'hui: le député Nassib Lahoud est l'un des ténors du rassemblement de Kornet Chehwane, l'une des composantes de l'opposition, tandis que le président Emile Lahoud est proche de Damas. Cette rivalité n'a cependant pas entraîné de scission familiale. Notamment parce qu'au-delà des stratégies divergentes l'idée selon laquelle le Liban doit demeurer ancré dans le monde arabe reste partagée par tous les Lahoud, y compris par Emile junior, fils du président, député lui aussi.


Chamoun
Les maronites de la montagne

Pendant près d'un demi-siècle, des années qui ont précédé l'indépendance jusqu'à sa mort, en 1987, Camille Chamoun a dominé la scène politique maronite. Originaire de Deir el-Kamar, un village de cette montagne libanaise que se partagent chrétiens et druzes, il est élu député pour la première fois en 1929 et sera ensuite constamment réélu, sauf une fois, en 1964. Il deviendra également, de 1952 à 1958, président de la République. En 1975, face aux Palestiniens, il est, au sein du camp chrétien, l'un des plus intransigeants. C'est la milice fondée par son fils cadet, Dany - les Tigres - qui prendra l'initiative de donner l'assaut au camp palestinien de Tal el-Zaatar, cette année-là. Longtemps proche des Britanniques - il avait, en 1956, alors qu'il était chef de l'Etat, refusé de condamner l'expédition franco-britannique à Suez avant d'adhérer, un an plus tard, à la doctrine Eisenhower, en dépit de l'opposition des musulmans - il sera, à la tête du Parti national libéral, qu'il fonde en 1958, l'un des principaux artisans du rapprochement entre Israël et les chrétiens du Liban. Véritable animal politique, volontiers cynique et provocateur, c'était aussi un brasseur d'affaires hors pair qui fonda l'une des plus prospères dynasties de la montagne.

Camille Chamoun a 85 ans lorsqu'il passe officiellement le flambeau à Dany en le nommant à la présidence de son parti. Nous sommes en 1985. Il décède deux ans plus tard. A cette époque, les chrétiens ont été évincés du Chouf par les druzes. Il faudra une décision personnelle de Walid Joumblatt pour qu'il puisse être enterré dans son village natal de Deir el-Kamar. Le chef druze mettra une condition pour ouvrir le Chouf au cercueil et au convoi qui l'accompagne: que seuls soient invités à la cérémonie des partisans du clan des Chamoun, à l'exclusion des phalangistes.

Dany ne survivra pas longtemps à son père. Le 21 octobre 1990, un peu avant 7 heures, deux voitures s'arrêtent devant l'immeuble de Baabda - la banlieue chrétienne de Beyrouth - où il loge avec sa famille. En descendent des hommes en treillis qui forcent la loge du concierge. Ils obligent ce dernier, sous la menace de pistolets-mitrailleurs, à les conduire à l'appartement des Chamoun. Dany est tué à bout portant, ainsi que sa femme, Ingrid, et ses deux petits garçons, âgés de 7 et 5 ans. Seule survivra au massacre sa fille Tamara, alors âgée de 10 mois, que des domestiques parviennent à cacher dans la salle de bains.

C'est aujourd'hui un autre fils de Camille, Dory, qui, après avoir longtemps vécu en exil, assume la succession et la présidence du parti: «Nous étions dans la tourmente. Je n'avais pas le choix. Il fallait défendre le Liban contre les Palestiniens et tous les autres. Et il y avait le sang de Dany. Dans nos pays, les liens familiaux sont très forts.» Dory, qui dit n'aimer «ni la politique ni les politiciens», est aujourd'hui maire de Deir el-Kamar, capitale druzo-chrétienne du Chouf. L'un de ses fils, Camille, est bien décidé à perpétuer la tradition familiale et à briguer un siège de député. Il pourrait figurer lors des prochaines élections législatives sur la liste de Walid Joumblatt, le chef druze du Chouf, chef de file de l'opposition.


Eddé
A contre-courant

Les Eddé occupent une place à part dans la galaxie maronite. Président de la République du temps du mandat français, ami personnel de René Cassin, Emile Eddé milite en 1943 pour le maintien du pays sous protectorat. Ce francophile s'oppose ainsi aux partisans de l'indépendance, avec à leur tête, dans le camp chrétien, Béchara el-Khoury, qui deviendra le premier président du Liban indépendant. Né en 1913, le fils aîné d'Emile, Raymond, est élu député pour la première fois en 1953. Contrôlant le Bloc national - le parti «familial» qui prône une modernité inspirée de l'Occident - il siégera au Parlement jusqu'en 1976. Intransigeant sur tout ce qui touche à la souveraineté du Liban, il est combattu à la fois par les Syriens, les Palestiniens et les Kataëb de Pierre Gemayel. En 1977, dix-huit mois après le début de la guerre civile, alors que plusieurs attentats dirigés contre lui ont échoué - l'un était le fait des phalangistes, l'autre de la Saïka, une organisation palestinienne prosyrienne - il choisit l'exil et s'installe à Paris, dans un grand hôtel. Il y restera jusqu'à sa mort, en 2000 - il refusait de rentrer tant que le pays serait occupé - suivant avec attention, du bord de la Seine, les aléas de la vie politique libanaise. C'est son neveu Carlos qui dirige aujourd'hui le Bloc national. Et il est encore tout étonné d'être là: il a appris son élection à la tête du parti, à Paris, en mai 2000, par téléphone, sans l'avoir jamais sollicitée. Et cela alors qu'il arrivait juste du Brésil, où il avait fait sa vie, pour s'occuper des obsèques de son oncle Raymond! L'unique descendant était prié de relever le gant. «J'ai été mis devant le fait accompli, raconte-t-il. Mon premier réflexe a été de refuser. Je parlais mal l'arabe, je ne suivais la vie politique libanaise que de loin.» Il a fini par rester, s'est installé avec femme et enfants dans la maison familiale, s'est rapproché de Walid Joumblatt et il briguera dans quelques semaines un siège de député dans le Jbeil. La région est toujours considérée comme le berceau de la famille, même si les Eddé l'ont quittée… il y a trois cents ans.


Frangié
Les maronites du Nord

Les chrétiens maronites du Nord occupent depuis plus d'un millénaire les montagnes situées juste au-dessus de Tripoli la sunnite. Des haines tenaces ont longtemps divisé les cinq grandes familles chrétiennes qui règnent sur la région: les Frangié, les Kuram, les Mawad, les Makari. Mais ce sont les Frangié, surtout, qui se sont imposés sur la scène libanaise à partir de leur fief de Zghorta. Hamid Frangié, d'abord, rival de Camille Chamoun lors de l'élection présidentielle de 1952, qui finalement s'efface devant ce dernier, puis Soleiman, son frère, qui le remplace à la tête du clan et au Parlement lorsqu'il tombe gravement malade. Soleiman devient chef de l'Etat en 1970 avec le concours de Kamal Joumblatt.

Interlocuteur admis et respecté par les musulmans, ce patriarche chrétien gardera toute sa vie des relations privilégiées avec la Syrie et son président Hafez el-Assad. Les deux hommes se connaissaient bien. En 1957, en effet, Soleiman Frangié s'était réfugié à Lattaquié, en Syrie, après avoir fait le coup de feu dans une église de sa ville natale contre l'un des clans rivaux du sien. Là, il avait fait la connaissance du futur chef de l'Etat syrien… Toute sa vie, il sera l'avocat à la fois du système confessionnel libanais et de l' «arabité» du Liban ainsi que de l'importance de sa relation avec la Syrie. Mais son alliance avec ce pays lui vaut de sérieuses dissensions avec ses partenaires du camp maronite lorsque Damas choisit les «palestino-progressistes». En juin 1978, son fils Tony, qui commande la milice des Marada, est assassiné, ainsi que sa femme et sa fille au cours d'un raid mené à Ehden, dans le nord du Liban, par Samir Geagea, l'un des chefs de file de la jeune garde du parti Kataëb. Seul survit le jeune Soleiman. Agé à l'époque d'une douzaine d'années, il était en pension à Beyrouth. C'est lui qui, aujourd'hui, perpétue la tradition, puisqu'il occupe depuis 1991 - un an avant la mort de son grand-père - le siège de député de Zghorta. Il était ministre de l'Intérieur dans le gouvernement d'Omar Karamé, démissionnaire le 28 février.


Pharaon
Une famille melkite

C'est d'abord Henri Pharaon qui a commencé à faire parler de la famille. Sous le mandat de Béchara el-Khoury, premier président du Liban indépendant, auquel il était apparenté. Melkite (les Libanais disent «grec catholique»), il réussit à donner un réel poids politique à cette communauté pourtant très minoritaire. Au point d'accéder au petit cercle de ceux que l'on appelait alors les «faiseurs de ministres». Banquier, amateur de chevaux de course - la famille possédait dans la Bekaa l'une des plus grandes écuries du pays - il sera élu plusieurs fois député.

Après les législatives de 1957, dans un climat caractérisé par une montée des tensions entre maronites et sunnites - elles déboucheront sur «les événements de 1958», c'est-à-dire la première guerre du Liban - il tente de constituer une «troisième force». Puis se retire de la vie politique lorsque le général Fouad Chéhab accède à la présidence, en 1958.

C'est une autre branche de la famille, celle de Pierre Pharaon, qui prendra la relève. Aujourd'hui, c'est Michel, le fils de Pierre, député de Beyrouth, qui est l'héritier politique de la lignée. Membre du groupe parlementaire de Rafic Hariri, dont il était proche, il n'en possède pas moins sa propre assise populaire, contrairement à la plupart des élus ralliés au milliardaire sunnite. Modéré par tradition, il estime que le retrait syrien doit se faire sur la base des accords de Taef et qu'il faut éviter de «bousculer» les chiites.


Joumblatt
Les seigneurs druzes du Chouf

Le clan des Joumblatt occupe le devant de la scène politique libanaise depuis la moitié du XIXe siècle. Venus, à l'origine, d'Alep, en Syrie, les Joumblatt ont émigré au XVIIe siècle au Liban à l'invitation de l'émir druze Fakhreddine et se sont installés à Moukhtara. L'histoire familiale est jalonnée de morts violentes. En 1825, le cheikh Béchir Joumblatt est capturé et exécuté après la défaite de son clan lors de la première guerre druzo-maronite. Son fils Saïd Bey Joumblatt, après avoir été condamné à la prison à vie, y meurt en 1861. Fouad Bey Joumblatt, père de Kamal et grand-père de Walid, nommé gouverneur de la région par les autorités mandataires françaises, est tué en 1931, alors qu'il pourchasse un bandit. Kamal n'a que 4 ans. Sa mère, Sitt Nazira, assure la régence et réussit à empêcher l'autorité seigneuriale d'aller à une autre branche de la famille. Kamal est élu député du Chouf pour la première fois, en 1943. Un siège qu'il conservera toute sa vie, sauf entre 1957 et 1960. En 1946, il est, à 29 ans, le plus jeune ministre de l'histoire du Liban. Très vite, il s'impose comme l'une des figures les plus charismatiques de la vie politique libanaise. Après avoir fondé, en 1949, le Parti socialiste progressiste, il apporte son appui à la résistance palestinienne. Personnage complexe, très cultivé, il subjugue son entourage par l'étendue de ses connaissances. Il apprécie les débats philosophiques, pratique le yoga et la méditation. Il est à la fois le chef des progressistes, le héraut de la cause arabe et de la cause palestinienne et un grand féodal, seigneur des druzes du Chouf.

Kamal Joumblatt en voulait au président syrien Hafez el-Assad d'avoir, en 1975, choisit le camp chrétien et de lui avoir volé sa victoire. Une inimitié qu'il paiera de sa vie. Le 16 mars 1977, des hommes en tenue kaki descendent d'une Pontiac, s'approchent de sa Mercedes et déchargent leurs mitrailleuses. La scène se passe à quelques mètres d'un barrage syrien. La mort de Kamal Joumblatt déchaîne le Chouf. Plus de 100 000 personnes se pressent aux obsèques du seigneur de Moukhtara. Son fils unique, Walid Joumblatt, est aujourd'hui le chef incontesté du clan (lire page 12). Il a trois enfants, dont deux fils. C'est Taïmour, l'aîné, qui devrait lui succéder un jour conformément à la tradition familiale. «Je souhaite, dit Walid bey, qu'il préserve, comme j'ai essayé de le faire, le pays druze.»


Arslane
L'autre famille druze

A l'origine, les Arslane, qui dirigeaient le clan druze des Yazbaki, n'étaient pas moins importants que les Joumblatt, leurs traditionnels rivaux. Jusqu'en 1975, à l'occasion de toutes les élections parlementaires, les deux familles ferraillaient l'une contre l'autre, chacune s'alliant aux chrétiens de sa région - celle d'Aley pour la première, le Chouf pour la seconde. L'émir Majid Arslane sera plusieurs fois ministre. La famille voit cependant son influence diminuer à partir de 1975 avec le début de la guerre civile et la montée en puissance de Kamal Joumblatt à la tête des «palestino-progressistes». Elle sera brièvement remise en selle en 1982 après l'accession au pouvoir d'Amine Gemayel, auquel elle apporte son soutien. Mais, dès l'année suivante, le conflit druzo-chrétien du Chouf les marginalise. Aujourd'hui, c'est Talal Arslane, le fils de l'émir Majid (décédé en 1983), qui fait figure de chef de famille. Né en 1963, il est entré en politique en 1988. Il est député depuis 1991 et il a été plusieurs fois ministre.


Salam
Sunnites, modérés et beyrouthins

C'est peu avant l'indépendance que Saeb Salam est élu pour la première fois député de Beyrouth. Né en janvier 1905, l'homme est issu d'une famille de notables sunnites- son père, Salim Salam, fut un homme politique important de la période ottomane. Opposé au mandat français comme à la domination britannique, Saeb Salam est de ceux qui militent pour l'indépendance du pays. C'est chez lui que se réunissent les élus indépendantistes lorsqu'en 1943 la puissance mandataire enferme, dans la citadelle de Rachaya, Béchara el-Khoury et Riad Solh, qui viennent de jeter les bases du «pacte national» libanais. Chez lui aussi qu'est approuvé le drapeau national.

Saeb Salam entre au gouvernement en 1945 et devient Premier ministre, pour la première fois - il le sera à de multiples reprises - en 1952. A cette époque, il se sent proche des nassériens et s'oppose, en 1958, à la politique pro-occidentale de Camille Chamoun. Il sera, à partir de 1975, et pendant toute la guerre civile, un inlassable avocat de la coexistence entre chrétiens et musulmans. Fin négociateur, il joue les bons offices entre Yasser Arafat et le négociateur américain Philip Habib dont l'accord mettra un terme à la présence militaire palestinienne au Liban. Par la suite, sa prise de position en faveur du traité signé avec Israël par Amine Gemayel lui vaut la disgrâce de Damas. Victime de deux tentatives d'assassinat, il s'exile quelque temps à Genève. Rentré au Liban en 1994, il meurt en 2000.

Son fils aîné, Tammam Salam, habite le palais familial au cœur du vieux quartier de Basta. Cet homme raffiné et cultivé reconnaît que sa famille est en perte de vitesse. Il n'en inscrit pas moins son action dans la tradition: «Mon père a toujours eu l'ambition de préserver l'équilibre entre les communautés chrétiennes et musulmanes, indispensable à la survie de ce pays. C'est une préoccupation qui est aujourd'hui la mienne.» En 1992, il a ainsi choisi de boycotter les élections législatives pour que les chrétiens, qui avaient décidé de ne pas y participer, ne soient pas les seuls à le faire. Comme son père avant lui, et comme tous les grands patriciens sunnites, Tammam Salam appartient, de son propre aveu, «au camp qui veut préserver les intérêts de la Syrie». «Personne, dit-il, ne souhaite que les Syriens restent au Liban de façon définitive, mais leur présence est liée à la situation israélo-arabe.»


Solh
Les héritières du père fondateur

L'aile où elle réside, dans le palais qui fut autrefois celui de son père, lui ressemble: élégante et lumineuse. Leila Solh Hamadé, la plus jeune des filles de Riad Solh, l'un des pères fondateurs du Liban moderne et le premier Premier ministre du Liban, est un peu aujourd'hui la gardienne du temple, la seule à être entrée en politique en devenant la première femme ministre du Liban - elle avait le portefeuille de l'Industrie dans le gouvernement Karamé, démissionnaire le 28 février.

Originaires de Saïda, mais installés à Beyrouth depuis trois générations, les Solh sont l'une des plus grandes familles sunnites du Liban. Le grand-père de Leila fut un haut fonctionnaire sous l'occupation ottomane. Son fils Riad est considéré, avec le premier président (maronite), Béchara el-Khoury, comme l'un des héros de l'indépendance du Liban. Fervent défenseur de la coexistence entre chrétiens et musulmans, Riad Solh, qui fut l'un des inventeurs du «pacte national» de 1943, a longtemps incarné les valeurs traditionnelles libanaises. Ce grand patricien beyrouthin sera six fois chef du gouvernement entre l'indépendance du Liban, en novembre 1943, et son assassinat, le 17 juillet 1951, par des miliciens du Parti nationaliste social syrien pendant une visite en Jordanie. Son nom a été donné à une place du centre- ville de la capitale.

Riad Solh n'a pas eu de fils et ses deux frères n'ont pas eu d'enfants. Ses seules héritières sont donc ses cinq filles. Elles se partagent aujourd'hui, quand elles sont à Beyrouth, le grand palais familial, situé à l'entrée de la banlieue sud et qui avait été détruit pendant la guerre civile. Elles ont fait des mariages conformes à la «panarabe» de la famille: l'une d'entre elles a épousé le frère du roi du Maroc Hassan II - elle est donc la mère de Moulay Hicham, cousin du roi Mohammed VI; une autre, le prince Talal d'Arabie saoudite, ce qui fait d'elle la mère du prince Walid ben Talal; une troisième a choisi un mari palestinien; Leila et l'une de ses sœurs ont des époux libanais, qui appartiennent l'un et l'autre à de grandes familles chiites.

Longtemps considérée comme la plus politisée des Solh, l'aînée des filles, Alia, a publié des éditoriaux dans les grands quotidiens libanais, avant de s'installer presque en permanence à Paris. Veuve depuis dix ans, Leila est aujourd'hui la plus active. Elle préside, depuis un an et demi, à Beyrouth, la fondation de son neveu Walid ben Talal.
Karamé
Les sunnites du Nord

Abdel Hamid Karamé fut l'une des plus hautes personnalités sunnites de Tripoli, mufti du Liban-Nord comme l'avait été avant lui son père. Il anima aussi le premier mouvement nationaliste arabe contre le mandat français, puis préféra à la Grande Syrie une alliance avec les chrétiens du Liban, dès lors que ceux-ci renonçaient à la protection de l'étranger. Considéré comme l'un des pères de l'indépendance, il sera brièvement ministre en 1945. Lorsqu'il meurt d'un cancer, en 1951, son fils Rachid, alors âgé de 30 ans, lui succède tout naturellement au Parlement. Commence alors la très longue carrière de l'une des grandes figures sunnites du féodalisme politique libanais.

Jusqu'à son assassinat, en juin 1987, Rachid Karamé sera pratiquement de tous les gouvernements et une dizaine de fois Premier ministre. Au début de la guerre, il est avec les Palestiniens contre les Syriens. Puis il devient, à partir de 1978, l'un des plus fidèles alliés de la Syrie, qu'il soutient contre Yasser Arafat en 1983. Plusieurs présidents, Charles Hélou, Soleiman Frangié ou encore Amine Gemayel, feront appel à lui, sous la pression des Palestiniens ou des Syriens, dans les moments difficiles. Il préside un cabinet de salut public en 1958, un cabinet de sauvegarde nationale en 1975, un gouvernement d'union nationale en 1984… Ce grand notable, qui parlait l'arabe classique à la tribune du Parlement, se sentait, comme sa ville de Tripoli dont il traduisait bien la sensibilité nationaliste, profondément enraciné dans le monde arabe. Il n'en était pas moins attaché à la coexistence libanaise. A Tripoli, dans le nord du Liban, il savait discréditer ou acheter tous ceux qui risquaient de lui faire de l'ombre, et son règne fut sans partage.

Après son assassinat par la milice chrétienne des Forces libanaises, c'est son frère, Omar, proche de Damas, qui devient le chef du clan. Et à son tour, en décembre 1990, Premier ministre. Il le restera jusqu'en 1992, avant de devoir démissionner sous la pression de la rue. Puis le redeviendra en octobre 2004, à la demande du président Emile Lahoud et des autorités syriennes, lorsque Rafic Hariri décide de jeter l'éponge. Il démissionne, le 28 février, sous la double pression de la rue et des parlementaires de l'opposition. Omar Karamé ne cherche pas à dissimuler sa sympathie pour le régime de Damas. Il la revendique même. Au-delà de la «fraternité» entre les deux pays, des «liens familiaux, sociaux, économiques», la Syrie représente à ses yeux «une ambition politique et nationaliste». «Son influence au Liban n'est pas réductible à sa présence militaire. Elle y a aussi, affirme-t-il, une base populaire.»

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jeudi 23 novembre 2006

Les élections aux Pays-bas, une leçon pour la France ?

Les élections législatives aux Pays bas ont renforcé les extrèmes, particulièrement l'extrème gauche. Le Socialistische Partij (SP) (extrème gauche) a su capitaliser le vote du non au TCE et profiter du charisme de son leader Jan Marijnissen.

Les Pays-bas ont en commun avec la France d'avoir dit NON au référendum du TCE. Dans quelle mesure peut-on extrapoler le comportement des néerlandais dans ce scrutin à la France ? Peut-il être prémonitoire ? Le diagnostic est grosso modo le même dans les deux pays mais les structures sociales sont distinctes. Comment peut-on désamorcer ce risque en France, score important de l'extrème droite et poussée de l'extrème gauche. Dans quelles mesures peuvent-ils être des partis de gouvernement ?


En ce qui concerne la gauche Française, le PCF a démontré qu'il peut être un parti de gouvernement; en dehors de la gauche libérale les verts l'ont aussi démontré. De ce côté-là la possibilité d'un vote contestataire, peut-être contenu aux moyens d'une participation à l'action gouvernementale; du côté de l'extrème gauche, qui ne recherche pas l'exercice du pouvoir il faut dévier ce vote de contestation. Ce vote de contestation qui s'articule autour d'un refus de l'ultra-liberalisation, de la financiarisation de notre société et des relations internationales, de la distance de l'individu avec les institutions, tant politiques que sociales doit pouvoir être dirigé dans une optique constructive, voir de reconstruction.

Quelle est l'alternative que la gauche peut proposer ? et en particulier la gauche de gouvernement pour éviter une dynamique comparable à celle de nos voisins du nord qui ont voté NON au TCE comme nous.

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mardi 21 novembre 2006

Ségolène Royal expose ses objectifs et sa méthode pour la campagne présidentielle

[20/11/06]
Journal de 20H, TF1 : "Nous allons nous tourner vers les français, conquérir leur confiance"


Ségolène Royal s'est dit résolue à conduire "une campagne participative pour que tous ceux qui veulent participer, venir dans le projet des socialistes, y apporter des précisions, des idées neuves puissent le faire."

"Maintenant que les socialistes ont beaucoup parlé entre eux, nous allons nous tourner vers les Français, conquérir leur confiance". Il faut "remettre le peuple français au coeur du projet des socialistes pour construire avec lui les réformes que nous ferons demain".

Ségolène Royal a indiqué que la première étape de sa campagne sera "une phase d'écoute, pour (...) agir juste, partir des vrais problèmes des gens et y répondre". "Un leader doit considérer qu'il ne sait pas tout tout seul. En voilà assez des politiques qui assènent sur la tête des autres ce qu'il faut penser, ce qu'il faut dire et ce qu'il faut faire".

Elle soumettra quatre thèmes au débat au cours de cette premiére phase la campagne:

- l'éducation, la formation professionnelle et l'emploi

- les violences, les insécurités et la précarité

- le pouvoir d'achat

- l'environnement et le codéveloppement

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Les femmes en politique

Après Christiane Taubira, Dominique Voynet, Ségolène Royal, apparaît peut-être une espérance pour la droite de s'ouvrir à la modernité.

Bien sûr cette ouverture ne pouvait venir que de la frange Gaullienne de l'UMP, en la personne de Michèle Alliot-Marie, et ce bien sûr au millieu des exclamations indignées de Nicolas Sarkosy et de ses amis. Accueillons donc la potentielle candidate de la modernité de l'UMP, avec tout le respect que m'inspire sa démarche, et n'hésitons pas, avec l'espérance qu'elle soit une alternative à Mr. Sarkosy et Mr. Fillion.

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lundi 20 novembre 2006

Sarkozy l’Américain - samedi 23 septembre 2006


Paru dans Marianne

Le numéro deux du gouvernement a spectaculairement rompu avec la politique étrangère gaulliste poursuivie par Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac. Explication en six points.

Il y a quelques années, feu Georges Marchais s’était rendu en Union soviétique. Depuis Moscou, il avait approuvé l’intervention russe en Afghanistan. Cela avait fait scandale. Et que répondirent les néostaliniens à ceux qui avaient manifesté leur indignation ? Qu’ils se rendaient coupables d’« antisoviétisme primaire ». Rebelote.

Des voix s’étant élevées pour critiquer les propos de Nicolas Sarkozy choisissant, depuis New York et Washington, l’Amérique de Bush contre la France de Chirac, le député UMP « bushiste » Pierre Lellouche stigmatise leur « anti-américanisme primaire ». D’une imbécillité l’autre ! Mais qu’a dit, ou fait, Nicolas Sarkozy précisément ?


Qu’il se soit rendu aux Etats-Unis, qu’il y ait témoigné sa solidarité à l’égard des victimes du 11 septembre 2001, c’est non seulement son droit, mais c’est une heureuse initiative. Il en a profité (aux frais des contribuables ?) pour mener sa campagne électorale ? Ce n’est franchement pas tragique. Il a fait des pieds et des mains pour avoir sa photo avec Bush ? C’est enfantin et, sans doute, politiquement idiot, mais ce n’est pas scandaleux. En fait, ce sont les « démocrates » américains qui ont été le plus choqués, d’autant que Bush ne reçoit pas ceux qui, tel l’Espagnol Zapatero, ont exprimé la moindre critique à son endroit. Si donc Sarkozy en était resté là, il n’y aurait pas de quoi fouetter un caniche.

Mais voilà, le numéro deux du gouvernement a multiplié les initiatives et les déclarations qui constituent autant de provocations inouïes, et sans précédent, dans l’histoire de la Ve République :

1. Clairement et sans la moindre ambiguïté, il a fait entendre qu’il était hostile, non seulement à la menace française d’opposer son veto à la résolution présentée au Conseil de sécurité pour légaliser la guerre d’Irak, mais également, au discours « grandiloquent » de Dominique de Villepin à l’ONU, qui avait été applaudi par les opinions publiques du monde entier.

2. En insistant, à plusieurs reprises, sur le fait que la France ne devait, sous aucun prétexte, entrer en crise ouverte avec les Etats-Unis, et que s’imposait à elle, dans tous les cas de figure, une totale solidarité à l’égard de son grand allié (quitte à exprimer quelques remarques en coulisses), Sarkozy a fait savoir, en creux, que la France n’aurait pas dû s’opposer publiquement à la guerre d’Irak et qu’en conséquence il s’« aligne », lui, non sur la position de Chirac, mais plutôt sur celle du Britannique Blair, de l’Espagnol Aznar et de l’Italien Berlusconi.

3. Il a été encore plus loin en stigmatisant (et cela toujours depuis le territoire américain) « ceux qui se réjouissent des malheurs de nos partenaires ». Autrement dit, au lieu de reconnaître que les événements ont donné raison à Chirac, donc à la France, il accuse, comme les néoconservateurs de Washington, Chirac et Villepin de s’être réjouis de l’échec américain !

4. Pis ! Devant une assemblée de notables américains, il a critiqué ouvertement son propre pays, dont il a fustigé « l’arrogance » et la tendance à la « grandiloquence » (visant Villepin), sans faire, en revanche, la plus petite allusion à l’arrogance de l’actuelle administration américaine qui est pourtant dénoncée, aujourd’hui, dans le monde entier.

5. Non seulement, donc, Sarkozy, cas quasi unique, s’est démarqué totalement à l’étranger du gouvernement dont il est le numéro deux, et sans être sanctionné (pour moins que cela, Lionel Jospin, après un voyage en Israël et en Palestine, avait été convoqué à l’Élysée pour se faire remonter les bretelles) ; mais, en outre, il s’est livré à une surenchère avec Tony Blair en ce qui concerne le problème du Proche-Orient et avec Bush lui-même en ce qui concerne la crise iranienne. Il a tenu, en prime, sur le Hezbollah, des propos que l’on peut certes approuver, mais qui sont en contradiction avec la position européenne et mettent en danger nos soldats engagés au Liban.

6. En conclusion, et c’est ce qui donne sa dimension considérable à l’événement, Nicolas Sarkozy, depuis le territoire américain, a rompu spectaculairement avec la politique étrangère gaulliste poursuivie par Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac, remettant même en cause, implicitement, la position du général de Gaulle au moment de la guerre du Vietnam (et, bien sûr, son retrait de l’Otan). « Sarko l’Américain », sous l’influence du député Pierre Lellouche, de l’essayiste Patrick Wajsman (ses conseillers en matière diplomatique) et de quelques intellectuels néoconservateurs français, a abattu ses cartes : il rejoint, en matière de politique étrangère, les positions de Blair, Aznar et Berlusconi.

En soi, ce « coup d’Etat » diplomatique est déjà extraordinaire. Ce qui l’est plus encore, c’est que les grands médias ont (dans un premier temps du moins) choisi d’occulter ce formidable « incident » qui constituera pourtant un élément clé de la future campagne électorale présidentielle.

Comment expliquer cette incroyable initiative de Sarkozy qui risque de lui retomber sur le nez ? Par sa psychologie en partie, mais pas seulement.

Pour le coup, on ne peut pas douter qu’il exprime ainsi une profonde conviction ! Dont acte.

Thomas VALLIÈRES
Marianne

Publication originale dans Marianne, 23-29 septembre 2006



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dimanche 19 novembre 2006

Melle, le 17 novembre 2006 Déclaration solennelle de Ségolène Royal.

Pour que la France saisisse toutes ses chances, et réalise le progrès pour tous, le respect pour chacun

Je remercie les militants du parti socialiste qui sont venus voter en masse et qui ont donné à toutes celles et tous ceux qui veulent que ça change la force d’y croire.

Je ne tire de ce résultat aucune gloire personnelle mais je mesure l’immense responsabilité de ne pas décevoir toutes celles et ceux qui espèrent.

L’élection présidentielle va à l’essentiel : la possibilité pour chacun de choisir son destin et de le maîtriser dans les turbulences du monde d’aujourd’hui.


Oui, la France peut reprendre la main. Oui elle peut croire suffisamment en elle, renouer avec le meilleur de son histoire, se projeter à nouveau dans l’avenir pour construire un destin commun.

Car les questions que se posent les Français, nous les connaissons : la pauvreté et la précarité sont-elles une fatalité ? Non – ces risques inédits, ces inégalités qui se creusent, ces fragilités qui déstabilisent même ceux qui se croyaient à l’abri, est ce là le visage inéluctable de la modernité ? Assurément pas.

Ces jeunes qui désespèrent de pouvoir vivre un jour de leur travail, ces salariés qu’on pousse vers la sortie bien avant l’âge de la retraite, ces familles qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts, à se loger correctement, à élever leurs enfants, et qui s’endettent pour faire face aux dépenses courantes, est-ce cela la condition promise aux millions d’ouvriers, d’employés, de salariés mais aussi d’artisans, de commerçants, de petits agriculteurs et de retraités qui forment l’immense majorité du peuple français ? Je ne le crois pas et je ne le veux plus.

Etre socialiste c’est garder au cœur une révolte intacte. Le socialisme, c’est mettre le progrès social au cœur de toutes les décisions politiques - le progrès social pour tous et le respect pour chacun. C’est l’Education au cœur de tout, encore l’Education, toujours l’Education. Le monde a changé, la France a bougé, alors la politique doit changer. Je veux non seulement incarner ce changement profond mais le construire avec tous. La politique doit partir de la réalité de la vie des gens, être attentive aux leçons que le peuple donne, comprendre que le citoyen est le mieux placé pour faire le diagnostic de sa vie et pour dire au nom de quelles valeurs la gauche doit agir.

La France doit donner à chacun les moyens de prendre effectivement son existence en mains. Voilà pourquoi les libertés individuelles appellent des solidarités et des garanties collectives à construire. N’ayons pas peur des idées neuves, puisons-les dans la vie quotidienne du peuple français, dans ses souffrances, dans ses difficultés mais aussi dans ses talents et dans ses formidables réussites.

La France doit saisir toutes ses chances et se redresser. Je veux lui donner cette fierté sans prétention inutile, qui l’aidera à rassembler ses forces et à écrire, avec tous les siens, une nouvelle page de son histoire. Je la vois créative, innovante, mais bridée de trop de lourdeurs et de méfiances, fragilisée par un Etat qui se désengage et qui devra demain assumer toutes ses responsabilités dans le cadre d’une autorité juste.

Je la sens, cette France, en avance sur ceux qui la gouvernent et qui se plaignent de son immobilisme. Les Français sont prêts aux réformes mais ils ne veulent pas consentir aux décisions qu’on leur impose sans les y associer ; ils ne sont pas partants pour des efforts qui, toujours, pèsent sur les mêmes. Etre socialiste et conduire une politique à gauche, c’est apporter la garantie permanente du recul des inégalités, des précarités et des insécurités. Parce que c’est comme cela que le pays sera plus fort dans la compétition internationale.

On nous répète que le pouvoir échappe à la nation, que la volonté politique peut de moins en moins, que ce n’est plus l’Etat-Providence mais l’Etat-minimal, faiblement protecteur qui serait dans le sens de l’histoire. Je crois moi tout le contraire. Je crois que la politique peut beaucoup et prouver jour après jour son efficacité. On nous dit que la mondialisation a disqualifié la nation et l’aspiration croissante à l’autonomie individuelle se ferait forcément au détriment du collectif. Je crois moi tout le contraire ; ce sont les solidarités collectives qui nous rendront plus forts. Ma conviction est à l’inverse de cette idéologie insidieuse : c’est au contraire, en restant fidèles à nous-mêmes que nous pourrons résister le plus efficacement aux vents mauvais d’un libéralisme sans foi ni loi et en même temps saisir l’ensemble des opportunités d’une mondialisation qui porte dans ses flancs le pire et le meilleur, selon ce que nous saurons en faire. Et je veux pour la France faire en sorte que ce soit le meilleur.

Imaginer la France, c’est la tâche nouvelle que je propose aux Français. Car ne lui renvoyer que l’image de son déclin et la sommer sans cesse de renoncer à son exception, de se banaliser et de s’aligner sur les pays où, paraît-il, le marché sans entrave pourvoirait au bonheur de tous, faire cela, c’est rendre à la France un bien mauvais service et attiser l’exaspération des Français. A cette façon de faire, il faut mettre fin. Car je crois qu’il y a beaucoup à corriger dans le fonctionnement de nos systèmes de solidarité mais pas pour les amoindrir : pour les rendre plus efficaces. Je crois que nous devons incarner l’ambition d’une France économiquement dynamique et socialement plus solidaire.

Oui, imaginer la France, c’est à cela que je vous invite car elle s’est beaucoup transformée, diversifiée et colorée sans encore admettre totalement ce qu’elle est devenue. Et pour en tirer parti et fierté, la France doit achever de reconnaître comme ses enfants légitimes, tous ces jeunes dont les familles sont venues d’ailleurs et qui sont aujourd’hui des Français à part entière quoique toujours exposés aux discriminations. C’est cela notre tâche: aider la France non seulement à s’accepter telle qu’elle est mais à voir dans sa diversité une formidable énergie. Une nouvelle donne avec tous les jeunes, dans la diversité de leurs talents, est à bâtir. L’honneur de la République et la fidélité de la France à ses idéaux, c’est la lucidité d’une histoire partagée dans une France respectueuse de toutes les mémoires et accueillante à tous les siens, nés ici ou ailleurs. Ce n’est jamais quand elle oublie ses valeurs mais quand elle les prend au mot et reste fidèle à elle-même que la France peut aussi, au delà de ses frontières, parler de l’Europe et à l’Europe, parler du Monde et au Monde.

Car la nation pour la gauche est indissociable d’une perspective plus large. Car nous sommes de ce pays, la France, qui vota la liberté du monde et où l’on fit une constitution en pensant à l’univers entier. C’est en donnant aux peuples l’exemple et le signal de la justice et de l’humanité que la France se ressemble et se rassemble.

Regardez l’histoire de France : c’est toujours quand le peuple s’y met que la France avance et bâtit un nouvel avenir. Et aujourd’hui, je sens que le peuple s’y est mis et que ce mouvement va continuer. Je crois que la France peut puiser dans la meilleure part de son passé des valeurs pour ses combats d’aujourd’hui, à commencer par celles-ci : de fortes raisons de croire en elle. Pour tirer le pays vers le haut, il faut bien sûr comprendre les changements du monde alentour, mais il faut d’abord aimer la France, cette idée toujours neuve, et vouloir que les Français s’aiment en elle.

Nous allons gravir la montagne jusqu’à la victoire.

Aujourd’hui c’est un beau jour pour partir au combat car nous sommes portés par un mouvement populaire généreux et heureux qui sent que nous sommes soutenus par une cause qui est plus grande que nous. Je lance aujourd’hui un appel à tous les Français, hommes et femmes de notre pays. Rassemblez-vous, mobilisez-vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour notre pays, imaginons ensemble une France qui aura le courage d’affronter les mutations sans renoncer à son idéal de liberté, d’égalité et de fraternité. Pour un ordre juste, contre tous les désordres injustes qui frappent les plus faibles, pour des énergies positives qui se rassemblent et des libertés nouvelles à inventer.

Mettons nous en mouvement pendant six mois au cours desquels il nous faudra investir toute notre énergie et tout le fruit de nos échanges avec les Français, et je vais continuer comme je l’ai fait depuis plusieurs mois.

Avec toute la force de nos convictions socialistes pour unir toute la gauche dans sa diversité puis rassembler une majorité de Français dans un même désir d’avenir.



Melle, le 17 novembre 2006

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samedi 18 novembre 2006

Lancement d'un blog politique

Bonjour à tous.

Avec la fin des primaires au parti socialiste dans cette fin du mois de novembre, cela semble être le bon moment pour créer un lieu de rencontre pour les prochaines présidentielles. Ce blog dirigé initialement aux Français résidents à Madrid et de gauche, il n'exclut pas, et en conscéquence sa formulation évoluera dans les prochaines semaines, et s'ouvrira à d'autres en dehors des catégories précitées. La porte est donc ouverte, le sous-titre du blog n'implique qu'une étape.

Cordialement,

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Heureux qui comme Ulysse