On parle beaucoup de la guerre des éléphants au PS, mais entre l'affaire Ingrid Bétancourt, Clearstream et les carnets secrets de l'ami Bertrand, on comprend un peu mieux pourquoi la France est dans l'état où elle est. La guerre des éléphants à droite s'est faite sur le dos des Français.
Les dessous de la libération d'Ingrid Betancourt
Christian Rioux
Édition du mercredi 12 novembre 2008 www.ledevoir.com
Ou comment la France a été roulée dans la farine par les FARC
Paris -- Chacun se souvient des images de liesse entourant l'arrivée d'Ingrid Betancourt à Paris après sa libération, le 2 juillet dernier. Après six ans de martyre, l'ancienne candidate à la présidence colombienne retrouvait sa famille, le président Sarkozy jubilait et les services du Quai d'Orsay n'hésitaient pas à revendiquer un rôle majeur dans cette libération. Une fois l'émotion retombée, il faut aujourd'hui constater que la France n'était pour rien dans ce sauvetage. Il se pourrait même que la stratégie adoptée par la présidence française depuis le début ait joué contre la libération d'Ingrid Betancourt.
C'est la thèse que défend avec une profusion de détails l'ancien correspondant de l'AFP Jacques Thomet qui vient de publier un dossier accablant: Les Secrets de l'opération Betancourt (Fayard). Pendant six ans, soutient Thomet, la France s'est faite le jouet des narcoguérilleros des FARC et de leur allié, le président du Venezuela, Hugo Chávez. Son opposition à toute intervention militaire et au président colombien, Alvaro Uribe, n'a fait que prolonger le calvaire de l'otage que l'armée colombienne avait repérée dès 2002.
«Jamais les FARC n'ont eu la moindre intention de libérer Ingrid Betancourt, affirme le journaliste qui vit aujourd'hui à Paris. Ils la considéraient comme leur "poule aux oeufs d'or". Nous en avons aujourd'hui la preuve.» L'échec diplomatique français avait déjà été constaté par des observateurs aussi sérieux que le grand reporter de L'Express Axel Gylden, l'ex-correspondant du Monde et collaborateur de Radio-Canada, Bertrand de La Grange, et le spécialiste de la Colombie Daniel Pécaut, de l'École des hautes études en sciences sociales de Paris. Thomet a eu accès à une partie des 37 000 fichiers remis à Interpol et retrouvés dans les ordinateurs de Raul Reyes, le numéro deux des FARC assassiné par l'armée colombienne quatre mois avant la libération de Betancourt. Les guérilleros n'y ont jamais de mots assez forts pour qualifier le butin de guerre extraordinaire que représentait pour eux Ingrid Betancourt.
Les «Pieds nickelés»
Si l'ancienne candidate à la présidence de la Colombie est aujourd'hui libre, c'est grâce à une opération minutieusement préparée par les services secrets colombiens à l'insu de la France. Exaspéré par les remontrances françaises, le président Alvaro Uribe s'est finalement résolu à ordonner l'opération Jaque (mise en échec). Pendant des mois, un commando a préparé dans le plus grand secret l'assassinat en territoire équatorien de Raul Reyes, le numéro deux des FARC. L'armée bolivienne profita ensuite de la désorganisation de la guérilla pour infiltrer son réseau de communications. L'opération aurait été inspirée de la libération en 1976 de 256 otages par un commando israélien en Ouganda. Le 2 juillet, neuf militaires colombiens se firent passer pour les militants d'une organisation humanitaire et libérèrent sans le moindre coup de feu 15 otages, dont trois Américains et Ingrid Betancourt. Dans les jours précédant la libération, le gouvernement Uribe aurait même volontairement berné la France en faisant croire à la relance des négociations avec les FARC par l'envoi de nouveaux émissaires.
«Jamais la France n'a été mise au courant, dit Thomet, pour la raison qu'elle n'a jamais cessé de défier, avec la famille Betancourt, le gouvernement d'Alvaro Uribe pourtant élu par une majorité de la population.» Au fond, dit-il, Paris s'est toujours trompé sur la nature des FARC, considérées comme une organisation terroriste depuis 2002 par l'Union européenne. «Les FARC ont réalisé jusqu'à 3000 enlèvements par année. Elles ont même kidnappé des enfants de 24 mois.» Or, la première condition exigée pour la libération d'Ingrid Betancourt a toujours été inacceptable pour le gouvernement Uribe: la cession aux rebelles d'un territoire démilitarisé de 115 000 km2, plus de deux fois la superficie de la Suisse.
L'improvisation a de toute évidence marqué l'action diplomatique française. Comme lorsque le ministre des Affaires étrangères de l'époque, Dominique de Villepin (ancien professeur et ami personnel d'Ingrid Betancourt), prend sur lui d'envoyer, malgré le refus de la Colombie, un commando de 11 agents qui seront immobilisés par la police brésilienne à Manaus dans leur avion Hercule C-130. Une opération que le président Chirac jugera digne des «Pieds nickelés».
«Avec la rivalité entre Villepin et Sarkozy, la libération d'Ingrid Betancourt devient un enjeu pour obtenir des dividendes politiques», affirme Thomet. En 2003, la France s'est littéralement fait rouler dans la farine, dit-il. Croyant avoir versé une rançon aux FARC, les diplomates découvrent avec stupeur que les guérilleros n'en ont jamais vu la couleur. Thomet croit que le montant se situait entre 25 et 100 millions de dollars américains et qu'elle aurait été versée par l'intermédiaire de la société pétrolière Total. L'information a évidemment été démentie par le Quai d'Orsay.
Sarkozy fait monter les enchères
Jacques Thomet n'est pas le seul à penser que, devenu président, Nicolas Sarkozy a utilisé l'affaire pour «faire remonter à tout prix sa popularité». En mai 2007, croyant faire plier les FARC, il obtient la libération du criminel Rodrigo Granda qualifié de «médiateur de paix». Sans résultat. Par la suite, la France accueille généreusement la famille de Raul Reyes. Mais rien n'y fait. Le 20 novembre 2007, Sarkozy reçoit Hugo Chávez à l'Élysée avec la sénatrice Piedad Córdoba, proche des FARC. Cela n'aurait pas empêché cette dernière de déclarer qu'elle n'avait «rien à foutre de la proposition de Sarkozy». Selon les fichiers informatiques de Raul Reyes, elle aurait même ajouté: «Ne libérez surtout pas Ingrid.»
Les bonnes relations de Sarkozy avec Hugo Chávez ont peut-être permis de libérer quelques otages, dont Clara Rojas, admet Thomet. Mais pas Ingrid Betancourt. Le journaliste dénonce le double discours de Sarkozy qui prêchait la fermeté avec le Hamas, mais négociait en sous-main avec les FARC. Lorsque, le 1er avril 2008, il donne du «Monsieur» au chef des FARC, Manuel Marulanda, il ne sait pas qu'il est mort depuis le 26 mars. L'envoi d'un avion le 2 avril alors que l'on croit Betancourt mourante -- ce qui est faux -- sera qualifié de «clownerie» par l'agence ANNCOL, liée aux FARC.
«Les Colombiens ont été révoltés par l'attitude méprisante de la France qui a concentré tous ses efforts sur Ingrid Betancourt et ignoré les autres otages, moins médiatiques», dit Thomet. Parmi eux, il y avait pourtant une Française: Aïda Duvaltier, qui s'était constituée prisonnière à la place de son mari malade et qui est décédée dans un anonymat presque complet.
Ingrid Betancourt a annoncé qu'elle publierait l'an prochain un livre sur sa détention. À Paris, les conjectures vont bon train sur l'avance astronomique qu'elle aurait reçue. Peut-être ce livre permettra-t-il d'éclaircir les circonstances de son enlèvement. Thomet est convaincu qu'il tient en partie à sa propre insouciance. Il cite la thèse du photographe Alain Keler selon qui la candidate se serait jetée dans la gueule du loup pour redresser sa cote de popularité qui n'était plus que de 0,3 %. «Le 23 février 2002, elle se rend à San Vicente par la route malgré les mises en garde des services de sécurité, rappelle Thomet. Elle refuse ensuite d'obtempérer aux premiers barrages des rebelles qui lui disent de rebrousser chemin.»
Finalement, conclut le journaliste, seule la stratégie d'Uribe aura payé. L'ancien maire de Medellin à la poigne de fer avait d'ailleurs été élu pour en finir avec les FARC. Il bénéficie pour cela de l'appui des États-Unis qui participent au Plan Patriote destiné à combattre le trafic de cocaïne. Cinq ans plus tard, les FARC sont en débandade. Le décès et la reddition de quelques-uns des principaux dirigeants semblent avoir porté un coup mortel à l'organisation. «Même si Nicolas Sarkozy en a recueilli plus de publicité, dit Thomet, c'est Uribe le vrai gagnant de cette histoire.»
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Correspondant du Devoir à Paris
jeudi 13 novembre 2008
Sarkozy, Villepin qui a nuit le plus à la liberation d'Ingrid Betancourt ?
Publié par
Jérome
à l'adresse
00:17:00
Libellés : comprendre, sarkozy, villepin
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3 commentaires:
Très intéressant. Cela confirme d'autres sources dont nous avions eu quelques échos...
N'y a-t-il pas une coquille au 4ème paragraphe de l'article du Devoir ? Je ne pense pas qu'il s'agissait de l'armée bolivienne.
Luis Edgar Devia Silva, alias Raúl Reyes, (La Plata, Huila, Colombia, 30 de septiembre de 1948 - Santa Rosa de Yanamaru, Ecuador, 1 de marzo de 2008) fue un guerrillero colombiano, uno de los miembros del Secretariado, portavoz y asesor del Bloque del Sur de las Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia, grupo calificado por la Union Europea, Estados Unidos, OEA, ONU, y otros países como terroristas. Antes de unirse a las FARC fue sindicalista y político local.
Murió en territorio ecuatoriano a causa de un ataque aéreo y terrestre a uno de sus campamentos realizado por fuerzas de seguridad colombianas. Murió desangrado a causa de la amputación de la pierna sufrida cuando, huyendo del bombardeo, cayó víctima de una mina antipersona.[1] El operativo que condujo a la muerte de Reyes desencadenó una controversia internacional entre Colombia y Ecuador, principalmente, al igual que entre Colombia y Venezuela.
Effectivement c'est l'armée colombienne qui infiltra le réseau de communication.
D&T
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