
Depuis le début de cet « acoso » nous avions discuté de l’opportunité d’un billet, et avions préféré des actions individuelles dans d’autre collectifs. Maintenant que l’étau s’est définitivement resserré il faut se rendre à l’évidence :
le juge Garzon ne s’en sortira pas.
La société espagnole est en train de démontrer les limites de son modernisme, de sa maturité démocratique, de celle de ses institutions et des hommes qui les constituent.
Son salut, si salut il y a, ne peut encore provenir que de l’extérieur, seule la pression internationale, l’ indignation mondiale, l’ opinion publique européenne peut encore mettre fin à cette mort juridique inexorable, programmée.
On ne reviendra pas sur les composantes de cet assaut général et il faut le dire non prémédité; en Espagne n’existe pas ce maquiavélisme propre à d’autres systèmes étrangers. Ici tout simplement, tout le monde y trouve son compte et règle ses comptes avec le « juge ». Les anciens du PSOE qui ne lui pardonne pas le GAL, la droite du PP qui y trouve un instrument pour freiner Gurtel et le système de corruption massive qui gangrène les autonomies qu’ils contrôlent, le système judiciaire qui ne brille par son progressisme et souffre en silence les lois votées par le parlement, les nationalistes qui n’y voient qu’un relai du pouvoir central, n’est-il pas juge à la audiencia nacional, système d’exception disent-ils? .
Il faut dire qu’il ne s’est pas fait aimer, et non pas sans raison.
- Que ce soit Varela, son inquisiteur, qui a échangé son talent progressiste contre un adoubement au tribunal suprême avec parrainage par le moins progressiste des juges de ce tribunal conservateur; quoi de plus facile, il le reconnaissait en filigrane comme un ennemi personnel, et ne reconnaissait ni ses méthodes ni son style.
- Que ce soit d’autres qui lui rapprochaient l’affaire Pinochet ou d’avoir voulu mettre en accusation Kissinger pour le coup d’état au Chili.
- Que ce soit l’administration que Garzon mettait en difficulté (Berlusconi, Bush…)
- On arrête là , il y en d’autres …..
A cette situation d’exception, sa persévérence primait
Il a fait souffler un vent frais sur la jeune démocratie espagnole. Là où l’on pensait que toutes les barbaries étaient permises (barbaridades. C’est un hispanisme), où l’impunité régnait, on le savait, GARZON était là.
C’était un plaisir d’entendre qu’enfin quelqu’un remettait en question cette chape de plomb permanente sur la société espagnole qu’est la corruption (Jésus Gil et Marbella, Gurtel, Pretoria), ou mettait un terme à l’impuissance de la société face au « narcotrafico » en Galice (Necora). Il était plus facile d’aller au travail chaque matin, en attendant les dernières batailles du « juge ». Sans conteste, Pinochet et ensuite la mise en accusation du franquisme furent les apothéoses. Loin de tout technicisme juridique, il était là.
Non le système espagnol n’est pas prêt de reconnaître Garzon…
C’est pour cela sans doute, qu’il devra continuer à être fidèle à lui même, à l’avant garde du bien qui doit triompher de l’injustice, il devra sans doute continuer et aller au delà, au delà de cette bataille. La guerre ne mérite-t-elle pas d’être gagner, et pourquoi pas en apothéose?
Le tribunal de justice l’Union Européenne est là pour cela, et l’Espagne avec son système judiciaire comme la France avec le sien se doivent de répondre de leurs anomalies, de leurs malformations, de leurs compromis transitoires avec leur passé.
Ce ne lui sera pas facile, mais son destin est sans doute là, et peut-être est-ce pour cela que ce même destin l’a conduit jusqu’à ce terme.
Il sera là pour que soit statué aux plus hauts niveaux de nos instances judiciaires, que Garzon dans le fond avait raison. Ce ne peut être un quarteron d’instruments du ressac de l’histoire qui font l’histoire.
Le "tribunal supremo" a mesuré certainement ces derniers jours le décalage de cette institution avec le reste des sociétés avancées de son entourage dans le monde, il le mesurera sans doute avec douleur dans quelques années lors de, elle aussi inexorable condamnation de l’Espagne dans les instances européennes. Mais cette Espagne n’est peut-être pas la leur.
Une recherche "Garzon" dans Google donne:
http://www.syndicat-magistrature.org/Soutien-au-juge-Baltasar-Garzon.html








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